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Le rouge et le brun (et vice-versa)
17 mai, 2017, 10 h 08 min
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Texte paru sur le site du Nouvel Obs le 13 mai 2017.

Non à tous les extrémismes ! Non à Alien Brossateu !

Mon double, au sens de Dostoïevski, est de retour ! (suite de ma lettre à mes amis de gauche retrouvée dans la corbeille à papier).

Le rouge et le brun (et vice-versa)

« Bien des gens ont raison de relever la patente interchangeabilité de la place et du rôle des partisans des extrémismes. Et l’image est effectivement saisissante : vous vous dites qu’il suffit simplement d’habiller un de ces personnages, ô combien nerveux, colériques et vociférants de la gauche ultra, d’une moustache brune pour constater immédiatement, avec stupeur et sans l’ombre d’un doute, sa ressemblance avec l’un de ces pâles agités de la droite extrême. Au point que, face à ce constat, vous sentez non seulement, jusque dans les profondeurs de vos entrailles, que, à supposer qu’on vous le demande, vous seriez  bien en peine de les distinguer ou de les opposer l’un et l’autre, mais que, sous les divers aspects du discours, de la gestuelle, de la psychologie et de la physiologie, le premier ne constitue rien que le prolongement du second, et réciproquement.

De sorte que je concède volontiers à ceux qui me le susurrent à l’instant à l’oreille que cette ressemblance est parfois si complète qu’il n’est pas impossible non plus que le gauchiste ultra puisse se plaire à s’afficher déjà avec cette moustache brune… Sur ce point, je ne suis pas sans savoir que vous connaissez de pareils personnages autour de vous, puisque je me suis déjà ouvert à recueillir l’afflux de vos témoignages, comme le fait solidairement un psychologue dans son cabinet.

Néanmoins, vous avez encore raison d’attirer l’attention sur le fait que ce désir irrésistible, manifesté par le fasciste de la gauche extrême, de porter cet amas concentré de poils bruns, drus et vieillis, dans un tout petit espace étriqué au-dessus des lèvres, ne vise pas seulement à masquer la permanence de la moue et du visage grimaçant, à l’extérieur d’un corps replet, éventuellement claudiquant et surtout convulsif. Il n’est en fait que le symptôme d’un affect plus profond et très particulier, dont il conviendrait, certes, d’établir ensemble, et scientifiquement, la curieuse généalogie si nous en avions le temps, mais dont, compte tenu de votre insistance, nous pouvons nous entretenir brièvement et gaiement.

Un ami, et philosophe fin, m’a suggéré de prendre pour base de nos réflexions communes le constat percutant, sans appel et partagé de si nombreuses fois sur les réseaux sociaux, qu’a dressé Jérôme Fenogliodans son magnifique éditorial du journal Le Monde, en date du 04 mai 2017, à propos du « visage de l’extrême-droite ». (Cf., http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/05/04/editorial-marine-le-pen-le-visage-de-l-extreme-droite_5122129_3232.html ).

Le journaliste et directeur du Monde y écrit, en effet, avec beaucoup de justesse et de raison, que le but de l’extrémisme, ici de droite – mais pourquoi pas aussi, la question méritant d’être posée, d’une certaine gauche défaite, recluse dans d’effrayantes courtes vues et bégayant incessamment un trotskisme affadi et défraîchi, parce que revu et corrigé par les héritiers de la tête de Mao dans une si insigne bouillie doctrinale que Karl lui-même, vous savez, mon chat, n’y retrouverait pas ses petits -, « n’est pas d’échanger, mais d’abaisser », que « sa stratégie n’est nullement de convaincre, mais de nuire », que « son projet n’est qu’une entreprise de démolition », que sa monomanie est sans cesse celle de « l’invective », de « l’injure  », de « l’agressivité faussement souriante et réellement grinçante ». En outre, cet extrémisme-là lui apparaît, à juste titre, comme s’inscrivant dans l’héritage « d’une pratique politique qui a toujours reposé sur le dénigrement et la menace », et comme signant son indignité en allant jusqu’à chercher « à profiter de toutes les peurs, à creuser toutes les fractures et à attisertous les fantasmes ». Peut-on mieux dire ?

 Je vous accorde que ces lignes, superbes et brillantes, mériteraient d’être inscrites sur le fronton de toutes les écoles et de toutes les universités républicaines, et que je suis prêt à souscrire à votre volonté d’exiger des petits professeurs, parfois grossièrement indisciplinés et passablement oublieux de ce socle républicain fondamental, qu’ils les apprennent par cœur et les récitent, de temps à autre, devant un inspecteur scolaire ou le président de l’université, garants l’un et l’autre des valeurs de la République au quotidien, avant tout recrutement, toute promotion, toute mutation, tout versement de salaire. Car il va sans dire que l’enjeu est bien celui de ne pas gâter le jugement des jeunes par toutes ces vilenies assombries par le caractère brunâtre ou rougeâtre des idéologies extrémistes, et de préparer consciencieusement l’avenir des enfants de la Patrie.

Par un effet d’aimantation des extrêmes qui s’observe,  »ici comme ailleurs », il est en fait frappant de remarquer que le tableau établi par le quotidien Le Monde sur l’inquiétant visage de l’extrême-droite présente bien des accointances avec celui d’un certain extrémisme de gauche, dès l’instant où l’un et l’autre visages partagent un luxe de traits de vitupération imbécile et se reconnaissent à leur ancrage dans une posture – imposture commune de vomissement haineux propre à ternir timbre de voix et à empuantir l’atmosphère.

Insincères et belliqueux en leur for intérieur, n’hésitant pas faire usage d’attaques ad hominem - c’est l’une de leurs caractéristiques communes -, vous avez effectivement tout lieu de penser, tant cela brûle les yeux, que le propre des extrémismes réside, au fond, dans l’adoption et la circulation d’un fascisme comportemental de fait : refus catégorique de la nuance et de la mesure, déni de l’importance de la pensée alternative, dénigrement et rejet systématiques de l’autre, ignorance de l’histoire des institutions politiques, principe d’assujettissement aveugle à un  »tondu », pas au sens du port de la moustache, mais au sens bonapartiste et autoritariste du terme, motifs répétitifs en faveur du maintien, coûte que coûte, d’une grogne incessante et de l’installation de nuits polaires durables sans le moindre signe avant-coureur d’espoir et de lendemains qui chantent, raidissements relationnels, indistinction entre amis et ennemis en raison de la pratique d’une règle de violence inhérente à leurs propres rapports familiers internes, constitution de chiens de garde temporaires qui aboient ou remuent la queue au moindre sifflement du pseudo-maître et qui, quoiqu’ils se sentent investis de missions, fussent-elles insignifiantes, sont immédiatement destituables en fonction des intérêts du moment, etc. Autant dire qu’il ne fait pas bon vivre sous de pareilles latitudes oxydantes et étouffantes.

Mais il nous faut encore nous demander à quoi tient plus subtilement l’expression de cette fascination, par les extrémistes de tout poil, moustachus ou presque, pour la rancœur. Sur un plan psychologique, le recours à la philosophie de Nietzsche est ici éclairant. En effet, comme je l’ai déjà indiqué ailleurs, le philosophe du soupçon nous a souvent alerté sur l’existence d’un instinct des plus abjects, dont il est primordial de se garder, à savoir celui du ressentiment, qui pousse bien des gens vers l’esprit de caniveau et, pour tout dire, vers le malheur et l’affliction.

Nietzsche soupçonne d’ailleurs que le ressentiment reste paradoxalement une morale, ou plutôt une doctrine moralisatrice renversée, puisque, d’une part, il constitue un aliment adipeux pour ses adeptes, qu’il s’enracine dans des principes et des préceptes autant transmissibles qu’imbriqués avec l’obscur esprit de vengeance, et qu’il est totalement aspiré, tel un trou noir, vers la négativité, la pulsion thanatologique ; et puisque, d’autre part, se figeant dans un rapport purement réactif au monde et aux autres, il ne peut s’empêcher de se porter indéfectiblement à l’animosité et à la rancune universelles, et qu’il se nourrit, en circuit fermé, de ce qu’il se souvient de blessures mal cicatrisées, d’offenses ou de préjudices qu’il croit avoir subis et qui tiennent en réalité à la fabrication, par le tempérament de l’aigreur qui lui est intimement lié, de ses propres frustrations successives et échecs rabâchés. Il nous faut convenir que la morale du ressentiment est une morale des éternels vaincus qui se confondent dans la complainte des maux qu’ils s’infligent, et insister pour dire et redire, en effet, qu’elle n’est rien qu’une morale des perdants qui se noient dans la supplique de la défaite… C’est pourquoi un trotskisme décomposé, avorté, dont le profond insuccès est mal digéré, ne peut entraîner, il est vrai à la manière d’un cas d’école, qu’une disposition d’esprit à la vindicte basse et ennuyeuse.

Si donc le ressentiment est le symptôme de la submersion de la conscience par les souvenirs que celle-ci rumine constamment, cela signifie plus largement, pour Nietzsche, que l’homme du ressentiment – dont Max Scheler a par ailleurs excellemment tout dit – est semblable à un « dyspeptique », qui ne parvient pas à finir de rien et qui n’est donc plus en capacité de créer de nouvelles possibilités. (Cf., sur ce point, Généalogie de la morale, 2e dissertation, §1). De là vient le déluge des dissonances et des aigreurs des extrémismes, aux lueurs pourpres et sombres culminant dans la jonction avec le monochrome – déluge qui n’exprime, dans le fond, rien qu’un agacement, et sans doute même rien qu’un délitement, des nerfs.

Alors que pouvons-nous faire pour aider ces pauvres hères de l’extrémisme radical, particulièrement marqués par cet état affectif, au caractère heurté et figé dans la cristallisation du souvenir ? Un traitement médical, à base de suppositoires républicains, me direz-vous, pourrait éventuellement faire l’affaire, à condition de les administrer précautionneusement, au moyen de gants imperméables et selon une régularité quasi kantienne, à savoir deux le matin et deux le soir. Soit. Cependant, en cas d’inefficacité de la posologie, existe-t-il un traitement alternatif, susceptible de donner le change ?

Pas si simple, je vous l’accorde, avec les chiens de garde ou de somme de l’extrémisme effondré par le remords. Néanmoins, à votre convenance, je puis vous confier les singularités d’une autre méthode, qui a déjà fait ses preuves, et qui ne manque pas d’efficacité et de… crudité. Un chirurgien républicain, de renom, l’a maintes fois testé sur ses patients marqués au fer rouge de l’extrémisme, si je puis m’exprimer ainsi. Vous permettez un instant que je reprenne mes esprits pour vous en révéler l’étonnante recette. Merci ! Bon, bon, voilà, voilà… le traitement de choc.

Ce médecin, très libéral et fort gai, a remarqué que, lorsque l’extrémiste entre en transe d’injures, ou en crise de nerfs, aboyant ici, hurlant là, vitupérant encore là-bas, il est bon de le laisser s’épancher bruyamment. Inutile de désespérer en vous faisant la réflexion que le républicain est bien trop bon ! Apprenez à rester dans la tolérance voltairienne et l’accueil de notre patient, je vous prie.

Plus exactement, ce traitement vient de ce que le toubib a fait l’incroyable diagnostic physiologique suivant : en effet, dans l’exacte mesure où la bouche du patient extrémiste – dans sa version rouge ou brune, peu importe ici, puisque c’est tout un – a ceci de particulier qu’elle est directement connectée à son anus, il en résulte qu’il n’est pas possible de colmater, d’une manière ou d’une autre, et ce d’un bout à l’autre, l’hémorragie haineuse et défécatrice du facho. Le seul moyen est donc de faciliter son épanchement, à condition toutefois que vous veilliez à vous en écarter, parce que sa logorrhée, qui n’est pas loin de confiner à une diarrhée continue, risque de vous infecter amplement l’air et l’espace.

Rappelez-vous donc l’exigence de vous tenir éloignés de lui, à bonne distance, et laissez-le alors se vider massivement, tout seul, par tous les pores de sa peau et par tous les trous, de façon à permettre l’expulsion de toute la crasse malodorante, ordurière et haineuse qui forme un bouchon justement aux extrémités. Vaquez à vos occupations pendant qu’il trempe dans son jus brun marron, relisez Montesquieu et Michelet, ou allez voter.

Si vous ne respectez pas ces consignes de distanciation, vous courrez, à tout le moins, l’inconfortable péril – permettez-moi l’emploi de cette expression à la troublante image – d’essuyer un bombardement de merde, de Taipei à Paris… Et puis, pour le clou du spectacle, au bout d’une trentaine de minutes, après avoir laissé sécher l’extrémiste radical au soleil rouge levant, il ne vous restera plus alors qu’à l’exhiber en… je… je n’ose pas vous le révéler, tant ce dernier point semble empli de verdeur, et tant il est incompatible avec mon éducation républicaine, ma retenue naturelle (aidos).

Ah, zut ! Zut ! Voilà que Karl vient d’uriner sur La Révolution permanente. Tu ne pouvais pas faire attention et rester dans ta litière, ma boule de poils adorée, aux moustaches sensibles ! Quel souillon, ce Karl ! ».



Le cas Badiou
17 mai, 2017, 9 h 46 min
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Texte paru sur le site du Nouvel Obs le 02 mai 2017.

 

 Voici la suite de la lettre écrite par mon double, au sens de Dostoïevski, et retrouvée dans la corbeille à papier…

 

 

Le cas Badiou

(ou la boursouflure de la gauche ultra bien-pensante)

 

 

 « Je vous prie de bien vouloir noter que le cas d’Alain Badiou m’a ému ces derniers temps. Arrêtez-moi si je ne m’abuse : bien inséré dans le tissu social, vivant sur les dividendes de sa relative notoriété, retiré dans ses belles pénates spacieuses, confortablement assis dans son canapé en cuir, se délectant chichement de délicieux mets mûrs et de succulentes écrevisses élevées par toutes ces petites gens grouillants et déroutés, issus des flux migratoires, il est de ceux qui prêchent actuellement l’isolement ou le désintéressement, quasi kantien, à l’égard des urnes. Du haut de son éclat et de sa superbe, on pourrait même hésiter, s’agissant de l’exemplarité de sa conduite, entre le désintéressement kantien et la contemplation aristotélicienne ou aristocratique, tant il paraît s’amuser fièrement de sa posture seigneuriale.

 

Renoncez néanmoins à vous désespérer de cette tendance à la mode. Pur produit des médias qu’il critique, étant de tous les plateaux télévisés, bénéficiaire des contrats éditoriaux avec les plus puissantes et monopolistiques maisons d’éditions françaises, jouissant d’une liberté d’expression démocratique et d’une vitrine marchande sans égal tout en jouant à dénoncer ledit régime démocratique et le système capitaliste dont il se repaît, bref contractant, avec luxe et bon jus, avec le système néolibéral qu’il dénonce journellement, peut-être seriez-vous tentés de croire que ses prises de position et ses mimiques tiennent de la comédie du pouvoir. Moi qui ne fréquente pas les bonnes adresses, je ne saurais vous dire, si vous me le demandiez, avec qui il déjeune. Cependant, je vous l’accorde :  il n’est certainement pas le seul, dans le paysage intellectuel contemporain, à la française, à surjouer la désespérance et à prodiguer, au peuple en souffrance, ses remarquables conseils. Concédez tout de même qu’il puisse se distinguer des autres par le fait qu’il ait acquis sur les petites gens, et de bonnes grâces, depuis le temps de ses langes, la supériorité de posséder une science, la science des  »conditions matérielles d’existence », bien plus que n’importe quel ouvrier de France ou n’importe quel migrant du monde.

 

Ce qui vous choque sans doute d’emblée, c’est que les gens dont ils se réclament, dont il prétend servir les intérêts, le sourire aux lèvres, la mine épanouie, comme par exemple la population de la Seine-Saint-Denis, ne s’y trompent pas : eux, qui vivent, dans leur chair, les inquiétudes concrètes de la montée de l’extrême-droite, qui ont viscéralement peur pour leurs enfants (sentez-vous la portée du mot ‘’viscéralement’’ ?), qui craignent tout bonnement pour leurs droits les plus élémentaires (entendez-vous le sens profond de ‘’droits élémentaires’’ ? ), ne sauraient se payer le luxe de l’indifférence, pas davantage qu’ils ne sauraient se payer de mots philosophiques. Ils n’ont d’autre choix que de se déplacer massivement dimanche, croyez-le bien ! Ils ont bien conscience que ce n’est pas, lui, Badiou et ses camarades, qui, candides spirituellement, beaux comme des diables, joliment blancs de peau aux reflets si laiteux, feront prioritairement les frais des lois immédiatement‘’scélérates’’ qui ne manqueront d’être imposées, en cas d’accession au pouvoir du Parti fasciste. De son canapé feutré, il ne lui restera plus, avec une partie de l’intelligentsia de gauche, qu’à contempler, depuis la France de France, ou l’Afrique du Sud ou Taïwan, grandiosement hébété et grassement repu, de ses beaux yeux perçants, avec le livre de la Critique de la raison pratique à la main à faire tournoyer avec ses compagnons de route, le si sidérant et odieux spectacle annoncé.

 

N’allez pas croire, mais chers amis de gauche, que la position de Badiou soit à ce point originale et somptueuse qu’elle mériterait  que, tous en cœur, les mains béatement jointes, dans un silence quasi religieux, nous nous prosternions et que les messieurs endimanchés, nourris à la philosophie lumineuse, mettent bas les chapeaux. Souvenez-vous que, indépendamment de sa noble stature d’homme d’affaires, euh de gauche pardon (j’ai parfois l’esprit embrouillé, c’est pourquoi j’en appelle à votre capacité de tolérance pour n’avoir pas à souffrir vos rigueurs), sa profession en faveur du désintéressement a été partagée, bien longtemps avant qu’il n’ouvrît lui-même ses yeux vernis d’un éclat clair et séduisant, par toute une frange de la bien-pensance de la gauche allemande du début des années 1930 (si, si, allez, en bons petits rats de bibliothèques, dépoussiérer bien des archives), qui, lors de l’agonie de la République de Weimar, avait adopté la même posture « orgueilleuse et inconsciente » de l’immobilisme, du ‘’niet’’ aux urnes, les bras croisés et boudant, sans se soucier des conséquences dramatiques de ce geste funeste.

 

Certes, malgré les accointances patentes entre les périodes d’hier et d’aujourd’hui, vous m’objecterez sans doute cette évidence que subsistent entre elles des différences fondamentales, et je suis bien d’accord avec cette lapalissade (c’est d’ailleurs le propre de la lapalissade que d’emporter l’adhésion de tous, n’est-ce pas ?) : cette Allemagne connaissait une crise économique sans précédent, une inflation si galopante et un chômage si exorbitant que, par comparaison, j’ai bien dit par comparaison, nous pourrions presque nous considérer aujourd’hui vivre dans le plein emploi et une opulence partagée.

 

Néanmoins, remémorez-vous le fait que le raisonnement d’une partie de la gauche ultra de l’époque n’en était pas moins identiquement ‘’artificieux’’ que de nos jours, et consistait à rabattre, sur le même plan – j’insiste encore sur l’expression ‘’le même plan’’ -, républicanisme et fascisme. Dans le contexte de cette époque troublée, le trait d’union entre les extrêmes d’un côté et les extrêmes de l’autre (du moins, pour une partie d’entre eux) se reconnaissait au fait qu’ils tenaient pour seuls responsables des problèmes que rencontrait tragiquement le pays les détenteurs de capitaux. Nous savons combien l’abstention, le laisser-faire, l’abandon, la trahison par cette gauche de bon aloi (veuillez m’excuser, je ne parviens pas à trouver la meilleure terminologie, tous ces mots se bousculent et entrent en concurrence dans ma tête) ont largement contribué à la prise de pouvoir, électoralement parlant, du National-Socialisme. Et oui : dans la désignation scandaleuse et fourre-tout de ce qu’on appelait à l’époque la « juiverie », ils avaient déjà mis un visage à leur ennemi commun. Pouah ! A la bonne heure ! A la République du pognon ils finirent, au moins par complaisance et indifférence, par préférer le fascisme des non-droits et de la violence, qui n’en reste d’ailleurs pas moins un régime adorateur du veau d’or. Si vous saviez combien je prie maintenant pour que Badiou et ses suiveurs ne reproduisent pas aujourd’hui, à la faveur d’un mièvre copier/coller, et même si c’est avec la force de la belle âme (au sens de Hegel)  dont je me refuse de douter, l’identique erreur de jugement. Chaque jour je me rassure en me disant que ce n’est pas possible, que ce ne sera pas le cas, qu’il se déplacera dimanche avec les immigrés de Montreuil et d’Aubervilliers, et que le fascisme ne passera pas. De toute façon, ne me demandez pas s’il ira remercier les gens de la droite raisonnable en cas de recul du fascisme. Je ne doute pas que sa coquetterie l’empêchera de franchir le pas.

 

Inutile de vous agiter pour défendre bruyamment Monsieur Badiou, en insistant pour dire qu’il réfléchit pour le peuple, et qu’il met même du cœur à l’ouvrage pour repenser le communisme, ou l’un de ses avatars. Si sa proclamation en faveur d’un désintéressement politique à l’égard des urnes vous semble, par ces temps de fascination pour le militarisme politique, inquiétante, suicidaire et, pour tout dire, égoïste (tant il est vrai qu’il ne sera pas ‘’électivement’’ visé par les mesures qui ne manqueront pas de se mettre en place si d’aventure l’innommable triomphe demain, insistons-y), pour ma part elle me paraît, de surcroît, dénuée de discernement. Bon, bon, je vous demande d’accueillir avec obligeance ma témérité de tenter, timidement, un bras de fer bien inégal avec la puissante et magistrale Babylone rouge vive de Badiou.

 

Attendez un instant, s’il vous plaît.. Comme j’ai eu des frissons dans le dos, il m’a fallu caresser mon chat.. Karl, va dans ta litière, je te prie ! Quelle glue celui-là ! Excusez-moi… Où en étais-je ? Ah oui, au cas Badiou.

 

Figurez-vous que le penseur hardi n’a de cesse de souligner, dans ses écrits et sur le petit écran, que son désintéressement tient au fait que, principalement (mais attention pas seulement), le champ électoral d’aujourd’hui est privé d’une dualité ou d’un duel authentique entre au moins deux visions hétérogènes l’une à l’autre. Au fait, soit dit en passant : j’ignore pourquoi bien des philosophes ont en commun de céder à la pente du dualisme. La ‘’res cogitans’’ et la ‘’res extensa’’ ici, le monde intelligible et le monde sensible là… Dans le cas Badiou – que je crois, en bon esthète, admirateur de Kant -, ce serait plutôt, j’en conviens, celui du phénomène et de la chose en soi. Peu importe, après tout…. Aïe ! Karl, retourne dans ta litière ! Quelle tête de mule alors ! Comme il aime à me taquiner !

 

Vous avez effectivement identifié l’idée centrale – les philosophes diraient en effet, le visage grave,‘’principielle’’– de la doctrine de Badiou : dans le système démocratique actuel, il n’y aurait en fait lieu de voir, selon lui, ni une quelconque opposition politique ni, comme en littérature, un quelconque rythme binaire. Politiquement, il est ferme dans ses bottes – brunes ou rouges, j’hésite maintenant à cause de ma pauvre acuité visuelle – l’alternance n’est pas une alternative suffisamment sérieuse. Bref, à ses yeux, le bipartisme n’est autre qu’un écran de fumée. Soit. Il n’en irait d’ailleurs pas autrement avec le tripartisme ou le quadripartisme, et que sais-je encore ?, si une des conditions qu’il avance indéfectiblement n’était pas remplie. Car à y regarder de plus près, vous ne serez sans doute pas éloignés de considérer qu’au fond de la locomotive conceptuelle de Badiou se loge la thèse selon laquelle tout ce qui n’a pas trait, de près comme de loin, au communisme, est à mettre dans le même paquet. Voilà le nœud. De sorte que, partant de ce postulat, il s’autorise à ne plus faire de différence entre le républicanisme et le fascisme, la démocratie et le bonapartisme, la monarchie et le despotisme, l’anarchie et le tsarisme, et que sais-je encore ? Autrement dit, pour qu’il y ait deux visions véritablement concurrentes et qu’on échappe à l’effet de bouillie politique, il faut, selon lui, qu’il y ait fatalement le communisme d’un côté, et puis quelque chose d’autre en face, peu importe la nature de ce quelque chose d’autre d’ailleurs, pourvu que le communisme soit là, presque en chair et en os, fier comme un coq. Sans le communisme, on reste à 1, aucune combinaison ne permet d’atteindre 2 sans lui, et encore moins 3 ou 4. D’où le fait qu’il fasse fi de la radicale hétérogénéité, tant sur les plans idéologique et institutionnel qu’historique, entre républicanisme et fascisme. Tout le reste, à ses yeux, relève du panier de crabes, et le fascisme n’est rien qu’un bonbon doux et sucré, qui se suce assis au fond d’un canapé feutré.

 

Voyez combien, lorsque le principe d’idéalité prend le pas sur le principe de réalité, lorsque ces deux principes ne se répondent plus dans une logique d’équilibre, le risque est grand que toute discussion soit close au profit de l’affermissement de bien des idéologies illusoires et, somme toute, si prodigieusement dangereuses.

 

Décidément, mes très chers amis de gauche, je ne puis m’empêcher de répugner avec force au fascisme, au gauche désintéressement, aux trahisons gauchistes et à tout ce qui va avec. Car vous aviez promis que vous ne recommencerez pas ».



Piège, selon René Schérer
17 mai, 2017, 9 h 41 min
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Texte de René Schérer paru sur le site du Nouvel Obs le 01 mai 2017.

Piège

Il faut être complètement siphonné, j’ose le mot, ignare, inconscient ou de mauvaise foi pour n’avoir pas compris que s’abstenir de voter est la meilleure manière de donner tout droit dans le piège que l’on prétend éviter. Oui, je me demande si certains intellectuels, et non des moindres, qui pourtant ne cessent de proclamer leur aversion pour les utopies, ne tombent pas dans le rêve et l’illusion, lorsqu’ils renvoient le choix du vote à la minute de silence de l’isoloir, ou, plus encore et plus radicalement, recommandent l’abstention pure et simple, au prétexte de la différence entre l’expression politicienne et la réalité des gens réels, avec leurs besoins, leurs aspirations.

Mais, j’y consens ; soit: oui, oui, élections, piège à cons.

Depuis 68 on le serine.

 

Seulement, aujourd’hui, nous voici au pied du mur ; le piège se referme. Il s’agit, non de discuter pour distinguer entre le peuple et sa représentation, mais de savoir si nous allons, de plein gré, donner notre assentiment à la pire réaction, à la pire xénophobie que la France ait connue, depuis Pétain.

 

Car, s’abstenir, en l’occurrence, n’est pas simplement se tenir à l’écart, mais consentir. Lorsque des mesures seront prises – et nous ne pouvons douter qu’elles le seront – d’expulsion d’étrangers, de fermeture des frontières, d’exclusions de toute nature, du renforcement policier massif ; ou, dans le domaine culturel et universitaire, le plus aisé à manier, de suppression des crédits, sinon de choix des contenus, il ne sera, certes, plus question d’arguties ni de délibération des consciences avec elles-mêmes dans le silence des isoloirs (Melenchon dixit).

 

Peut-être certains s’imaginent-ils, avec une immense naïveté, qu’il sera  »tenu compte » des abstentions, mais le système électoral est tel que bulletins blancs ou nuls sont identiques et n’interviennent en aucune manière dans la désignation de la Présidence. Penser le contraire est témoigner d’un angélisme, pour le moins, ridicule.

 

Non : s’abstenir, voter nul est exactement donner sa voix à Le Pen, et il n’est d’autre manière de s’y opposer que de voter Macron. Ou oui ou non, ou noir ou blanc, un ou zéro, on n’échappe pas, là, pas plus que dans l’informatique, au système binaire. Et comme le choix, le jeu est immédiatement suivi d’effet, pour prendre un exemple, éviter les urnes est rigoureusement équivalent, est identique à voter Le Pen. Par suite, je continue l’illustration frappante : la promesse en ayant été faite, c’est faire contrôler un arabe, éventuellement l’expulser.

 

Je ne sais si c’est ce résultat que recherche mon cher ami Alain Badiou en prônant son splendide isolement. Ou Mélenchon avec sa clause de conscience.

 

J’ai pris l’exemple de la politique avérée, proclamée par Le Pen, la famille Le Pen, car c’est bien une famille, comme les Trump, un clan, avant de s’étendre en parti, de la fermeture des frontières, de l’expulsion des émigrés qui est le plus significatif de cette droite extrême qui aime à se définir par l’aversion pour l’étranger, par l’identité nationale.

 

Je ne dis certes pas que les autres et, en l’occurrence Macron, pratiquent, pratiqueront une politique beaucoup plus ouverte ; elle l’est toutefois, et cela suffit dans ses déclarations et qui, fondamentalement, dans ses principes philosophiques, peut se recommander des célèbres préceptes de Montesquieu que, partout où il s’agit de distinguer entre droite et gauche, il convient de rappeler:

 

«  Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderai comme un crime... ».

 

Je ne pense pas que Le Pen pourrait en faire sa devise ; Macron, si, quoi qu’il pense par ailleurs, et cela devrait suffire pour incliner et déterminer notre choix.

 

Éviter à tout prix de tomber dans le piège du repliement identitaire. Nous aurons le temps de discuter du reste ensuite ; hors du piège d’une neutralité trompeuse, le champ, l’espace politique nous sera donné par surcroît.

 

René Schérer

Professeur émérite en philosophie à l’université de Paris 8, 28 avril 2017, auteur de Zeus hospitalier, 2ème éd., La table ronde, 2010.

 

 



Lettre à mes amis de gauche durant la campagne présidentielle 2017 de l’entre-deux-tours
17 mai, 2017, 9 h 35 min
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Texte paru sur le site du Nouvel Obs le 29 avril 2017.

A l’occasion de la la campagne du second tour de l’élection présidentielle 2017, bien des gens de gauche mettent « sur le même plan » le camp du centre et le camp d’extrême-droite, et renvoient dos à dos capitalisme et nationalisme, patronat et fascisme, mondialisation et isolationnisme. C’est la fameuse politique du « ni… ni » et de l’opposition de la peste au choléra, du mal au mal, du pire au pire…

Si j’en avais la force, ce constat appellerait de ma part la rédaction d’une note lapidaire, en forme de dérision ou d’ironie. Car s’il est vrai que cette campagne n’est pas de nature à soulever des élans de cœur et de joie, ou à alimenter de grands espoirs parmi les courants de gauche, s’il ne fait pas de doute que, quel que soit le résultat du scrutin, le sort économique et social des petites gens risque fort de demeurer le même et que la multitude sera encore durement sacrifiée sur l’autel de la croissance, il n’en reste pas moins qu’il y a lieu de se demander quel autre Parti que celui de l’extrême-droite s’inscrit dans l’héritage des années les plus sombres de notre histoire collective et prône, au mieux, un retour à la période de l’entre-deux-guerres mondiales. Par chance, l’occasion m’a été donnée de tomber sur la lettre d’un homme a priori engagé à gauche, que j’ai trouvée incidemment dans une poubelle et à laquelle il manque des morceaux, un homme qui justement s’insurge contre le discours visant à mettre  »sur le même plan » ces deux camps. Plutôt donc que d’établir un texte de ma main, il m’est commode de vous livrer ici cette lettre découverte, telle quelle, comme si elle avait été écrite par mon double (au sens de Dostoïevski) :

« Un mot, rien qu’un mot à mes nombreux amis de gauche qui, durant la campagne du second tour de l’élection présidentielle 2017, défendent opiniâtrement l’abstention ou le « ni…ni ».

Au nom de la restauration de l’autorité de l’État, mes amis, considérez-vous – vous qui vous réclamez d’appartenir au peuple libre de gauche -, comme une mesure clé la volonté de remettre au goût du jour le port de l’uniforme dans les écoles ? Relisez la doctrine  »éducative » du Front d’extrême-droite, épluchez son programme, ce qui signifie aussi : veillez également – je vous prie – à anticiper sur ce qui est, pour l’heure, tu dans ledit programme de ce nationalisme d’intolérance et de mise au pas, et sur ce qui ne manquerait pas d’advenir alors. Car l’histoire nous enseigne que celui qui dit le moins peut le plus. Ah, permettez que je réitère ma question : pourquoi devriez-vous vous sentir maintenant investis de l’exigence de soutenir, par votre complaisance, votre silence et votre abstention irresponsables, le projet de caporaliser bambins et corps enseignant ? Au nom de quelle insigne couardise ?

A cela j’entends déjà gronder votre réponse. Il vous suffira, me dites-vous, de dire non, d’exercer des recours, de prendre la plume, de manifester dans la rue votre colère, ou que sais-je encore ? S’agissant des recours, j’observe d’ores et déjà qu’il ne faudra plus compter sur celui exercé auprès de la Cour européenne des droits de l’homme, le Parti de la désunion et de la division ayant l’obsession maladive de régler son compte précisément à l’Union.

De manière générale, ce Front de servitude se plaît à régler des comptes, vous l’avez remarqué, et il n’est pas jusqu’à l’institution judiciaire qui ne soit visée par ses clameurs et ses grimaces menaçantes, consécutivement aux affaires révélées à coups de semonces par les médias, et liées aux soupçons sérieux de financement illégal de son organisation. Sans parler des conflits d’intérêts dans lesquels s’empêtrent gaiement le père, la fille, les proches (enfin, je n’arrive pas à m’y retrouver, cela me dépasse tant !), et qui signent autant l’adhésion du Parti à un capitalisme de splendeur que son implication présumée dans « un réseau tentaculaire mis au jour par le scandale mondial des Panama Papers », dixit l’Organisation non gouvernementale Sumofus (cf., la pièce jointe). Je ne puis donc différer plus longtemps l’envie de vous poser cette question de fond : quelle valeur accordez-vous, mes chers compatriotes de gauche, à une justice qui, à tout le moins, devra faire amende honorable à l’égard du drapeau bleu marine, taché ici ou là d’éclats du sang des règlements de compte, et compter parmi ses membres cent pour cent d’individus décolorés et acquis à la cause, si ce drapeau accède, en pavoisant fièrement les Tribunaux et les Cours, à la première marche du pouvoir ?

Mais il n’y a pas que la règle du repli sur soi et les règlements de compte qui posent problème dans ce schéma éculé de la vieille France. A s’en tenir là, ce serait plus nettement oublier la complète et scrupuleuse dévotion nourrie à l’Ordre, avec un grand « O », par les brigades des chemises brunes et des yeux blonds, ronds et « mori-blonds »… je voulais dire moribonds. C’est que mon empressement à produire un effet d’assonance avec le son « on », grâce à la lettre « o », en écho justement avec le mot « ordre », a fait fourcher ma langue et trembler ma main. Je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Cependant, n’en profitez pas pour m’adresser des reproches, en disant qu’il est préférable de justifier ainsi ce bégaiement, plutôt que d’avouer avoir été parcouru par un frisson de peur rien qu’à l’énoncé de l’incantation frontiste « c’est un Ordre ! ». Où en étais-je ? Ah, oui, à la question des recours…

Diable, imaginez-vous vous trouver sereins, avec vos enfants et vos poussettes, dans la rue face à la police de l’Ordre ? Historiquement, la milice d’extrême-droite est tout autre chose, souvenez-vous-en. Déjà puissamment armée et chauffée à blanc de nos jours, admettez qu’une fois sa force encouragée à se décupler et à faire du fascisme son credo et son petit lait, cette police n’a plus de limite, et passe à une vitesse si supérieure qu’elle devient méconnaissable. Cela veut dire que vous, mes amis de gauche, n’aurez même plus le loisir de la critiquer abondamment, à grands renforts de concepts, de réflexion ou même d’émotion, dans Mediapart ou dans Le Canard enchaîné, sous peine d’être immédiatement embastillés, à défaut d’être éliminés, en pleine nuit, comme si de rien n’était, et donc en catimini, comme en Tchétchénie qui est si subtilement placée sous la coupe de Poutine, et où la censure et la liberté d’expression se confondent. Et ne me dites pas que c’est parce que Poutine finance la campagne de la fille du patriarche au visage effronté que j’en parle.

De toute façon, ne comptez pas sur moi pour vous apporter, comme bon vous semblera, des oranges dans vos geôles fascistes, sous prétexte que, ayant peut-être maintes relations dans le milieu pénitentiaire, je pourrai disposer plus facilement des clés. Car, quand bien même je le souhaiterais, je ne le pourrai pas, par cela seul que les prisons, sous le régime de l’extrême-droite, sont autrement organisées. Ah oui, cela vous met bas le moral ! De fait, il est certain alors que, sous les auspices fascistes qui nous condamnent à revivre le passé, je ne pourrai pas vous rendre visite le mercredi, non pas parce que c’est le jour de repos décrété pour les enfants, mais parce que le milieu de semaine est le moment consacré à la détente des geôliers et aux plaisirs de la torture qui y sont associées, selon une régularité de fer d’ailleurs, comparable à celle de suivre scrupuleusement un traitement médicamenteux. Parfois, c’est même durant deux jours d’affilée, le mercredi et le jeudi, selon l’amplitude d’un week-end et en fonction de la prescription gouvernementale, comme en Russie. Non, n’allez pas croire que j’aie quelque grief contre la Russie, c’est simplement l’exemple qui m’est encore venu en tête. Bon, si vous préférez, comme en Turquie, qui, ayant des frontières avec l’Europe, nous fait si brillamment du pied. Ces considérations sont-elles susceptibles de « purger », à la manière d’Erdogan, nos désaccords ?

Inutile de vous réfugier derrière le mensonge éhonté ou l’indigne paravent qui consiste à jurer que vous vous tiendrez maintenant à carreaux – croix bois, croix de fer – et que vous ne récidiverez pas à commettre l’abominable crime de dénoncer ou de bafouer, dans vos textes, les parangons de la vieille France et les lieutenants de la milice fasciste. Ce sera trop tard. Car s’il est frappant de voir à quel point, nous, Français de France, avons perdu la mémoire de ce que c’est que de vivre – j’ai bien dit littéralement de « vivre » – sous la bannière des aigles et des croix de feu en tous genres, il n’en reste pas moins saisissant de constater, à l’inverse, combien les partisans de l’extrême-droite, qui font l’histoire, s’honorent, eux, à se souvenir de vos moindres faits et gestes, à vous encarter, à vous mettre dans des fiches soigneusement rangées. En véritables virtuoses, ils auront tôt fait de vous retrouver, de vous demander, avec une « extrême » délicatesse (comme vous savez, chez eux, leur savoir-faire est tel qu’il ne saurait y avoir deux poids deux mesures), de vous désavouer en public et de procéder à de chirurgicales saignées sur vous et vos proches. Et ne craignez pas de vous livrer tout entier à eux quand il sera trop tard, avec vos livres, vos journaux et vos créations, dans une cuisante cérémonie d’autodafé, sur le bûcher de la sainte Jeanne, afin qu’une nouvelle page de la patristique fasciste s’écrive.

Et dire que le fieffé chef de clan, à la tête claire et aux idées sombres, continue à injurier l’humanité en prétendant que le premier des dangers est la « submersion » de la France par l’afflux des migrants – veuillez noter le caractère bleu marine et sous-marinier du terme -, là où le véritable danger réside dans le basculement de la France, et de la gauche bien-pensante, dans un sommeil dogmatique si profond qu’elles risquent fort, l’une comme l’autre, la coalition et la coagulation avec l’innommable.

Si donc mon cœur me dit de m’abstenir ou d’hésiter, ma raison me commande le contraire.

Votre dévoué ami de gauche ».



« Bracelet électronique : surveiller ou accompagner ? »
26 avril, 2017, 19 h 19 min
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Chers amis, chers collègues,

Par ce message, j’ai plaisir à vous communiquer l’information relative à la parution d’un de mes articles, intitulé « Bracelet électronique : surveiller ou accompagner ? », dans le périodique Actualités Sociales Hebdomadaires (ASH), no 3004 du 31 mars 2017 (http://www.ash.tm.fr/consultation/sommaire.php?acronyme=ash).

Dans ce texte, il s’est agi de montrer comment le dispositif de surveillance électronique pénale, en tant qu’outil technologique, et compte tenu de son évolution, risque progressivement d’entraîner la détérioration de l’accompagnement social et une déshumanisation des prises en charge des personnes condamnées jusqu’en milieu ouvert.

Si vous souhaitez obtenir des précisions, vous pouvez éventuellement consulter ce portail documentaire de présentation, à partir du lien permanent suivant :

https://documentation.departement06.fr/index.php?lvl=notice_display&id=590642

Avec mes meilleurs sentiments.

Bien cordialement,

Tony Ferri.

pouvoir_politique_et_penale_ml



Émission radiophonique « Les amis d’Orwell »
16 avril, 2017, 14 h 04 min
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Chers amis, chers collègues,

 

J’ai plaisir à vous orienter vers le lien de l’émission « Les amis d’Orwell » du 07 avril 2017, animée par le journaliste Jérôme Thorel, afin de soumettre à votre point de vue le débat qui s’y est tenu et auquel j’ai participé sur la surveillance électronique telle qu’elle se pratique actuellement dans le domaine judiciaire et pénitentiaire, et ce avec d’autres invités « de terrain », à savoir un ex-détenu et ex-placé sous surveillance électronique mobile, l’avocat et président de l’association Ban Public, et un juge de l’application des peines, membre du syndicat de la magistrature :

 

https://souriez.info/Chatiment-virtuel-la-prison-hors .

 

Le débat, d’une durée d’une heure et trente minutes (avec les plages musicales), réunit analyses et témoignages à propos d’un dispositif si peu ou si mal connu concrètement qu’il mérite d’être délayé de bien des fantasmagories.

 

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Émission « Sciences en liberté » du 10 avril 2017
15 avril, 2017, 1 h 25 min
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Chers amis, chers collègues,

 

En ce week-end pascal, il me plaît de mettre à votre disposition éventuelle le lien vers l’émission radiophonique « Sciences en liberté » du 10 avril 2017 animée par le scientifique et professeur Thierry Lodé, et diffusée sur les ondes de Radio Libertaire – émission à laquelle j’ai eu le bonheur (vous savez, ce bonheur qui, quand il est teinté de liberté, acquiert une coloration particulière…) d’être invité pour évoquer le statut de la domination, consécutivement à la publication du livre De la domination. Essai sur les falsifications du pouvoir (Libre et Solidaire, février 2017) :

http://trousnoirs-radio-libertaire.org/sc_lib/sclib.php

 

L’entretien, d’une durée d’une heure et trente minutes (avec les plages musicales), peut être considéré comme une introduction philosophique à la vaste question de la domination à travers ici trois ou quatre grands moments du déploiement du savoir : Aristote / La notion de pneuma / Descartes / Darwin.

Dans cette séquence, c’est moins l’idée de la domination sociale que celle d’une domination de nature qui est examinée.

Avec mes meilleurs sentiments.

Bien cordialement,

Tony Ferri.

De la domination... (couverture)



La surveillance électronique pénale (Bréal, mai 2017)
8 avril, 2017, 14 h 57 min
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Chers amis, chers collègues,

Permettez-moi de partager avec vous l’avis d’un « A paraître ! », s’agissant en effet de la sortie programmée de mon prochain livre, intitulé Surveillance électronique pénale. Son statut, son sens, ses effets (Bréal, mai 2017).

L’un des intérêts du livre, et non des moindres, est qu’il est surmonté, je veux dire « nacré », d’une préface pour le moins vive et rigoureuse de Jean-Marie Delarue, l’ex- et premier Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Conseiller d’État de profession.

Inutile d’insister sur le fait que je suis très honoré de cette préface, parce que, d’une part, à ma connaissance, J.-M. Delarue s’était peu exprimé sur le sujet de la surveillance électronique et parce que, d’autre part, sa liberté de ton et surtout son indépendance d’esprit (comme vous savez, cette véritable liberté au sens nietzschéen du terme) font qu’il manque à bien des gens, notamment dans le tissu associatif ou militant qui s’intéresse aux questions pénales, sociétales et carcérales. (On ne saurait aujourd’hui penser l’organisation sociale sans sa dimension pénale et carcérale, sauf à manquer ce qui se joue de fondamental dans la communauté politique et urbaine, hic et nunc). Pour les toutes premières informations, je vous communique ici le lien vers le réseau « Place des libraires », qui a souvent presque un pas de géant d’avance :

https://www.placedeslibraires.fr/listeliv.php?form_recherche_avancee=ok&auteurs=Tony%20Ferri

Avec mes meilleures ondes en ce week-end printanier et ensoleillé.

Bien cordialement,

Tony Ferri.

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Blog : http://tonyferri.unblog.fr/



Les innovations criminologiques
8 avril, 2017, 14 h 49 min
Classé dans : Non classé

Chers amis, chers collègues,

J’ai plaisir à vous signaler la parution, toute récente, d’un livre collectif, placé sous la direction du criminologue E. Dieu, et intitulé Les innovations criminologiques (L’Harmattan, avril 2017). La particularité de ce « gros livre », de 400 pages environ, est qu’il réunit des analyses et des retours d’expérience sur ce qui se fait de mieux en criminologie aujourd’hui en France, et plus largement en Europe (avec la contribution notamment de nos amis belges), puisqu’on note la participation des grands noms de la discipline comme L. Villerbu, A. Hirschelmann, M. Herzog-Evans, et de ceux de bien d’autres encore, et que le livre associe admirablement pratique et science.

C’est pourquoi, il ma été très précieux d’accueillir ce livre, aussi riche qualitativement que dense quantitativement, dans la collection que je dirige chez L’Harmattan, à savoir « Les logiques des pénalités contemporaines ».

Il va sans dire que ce projet a pu se réaliser grâce à « l’énergie vitale » (au sens bergsonien de l’expression) d’E. Dieu, qui a la particularité d’être autant théoricien que praticien de la criminologie -, ce qui contribue indubitablement à donner une étoffe bien réelle, fort intéressante et si éclairante aux exigences de la criminologie d’aujourd’hui et de demain. Pour en savoir éventuellement plus, voici le lien direct vers la présentation du livre :

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=53280

Très cordialement.



Appel au développement des aménagements de peine
31 mars, 2017, 0 h 52 min
Classé dans : Non classé

Chers amis, chers collègues,

Dans ce contexte de l’élection présidentielle, permettez-moi de partager avec vous l’information selon laquelle vous avez la possibilité, si vous le souhaitez, de signer la pétition en faveur du développement des aménagements de peine, à l’appel de l’Observatoire international des prisons. Voici le lien direct vers le site de la pétition :

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Aux_candidats_a_lelection_presidentielle_Pour_notre_securite_renforcez_les_alternatives_a_la_prison/?tymqUlb

Il va sans dire que, au nom de la dignité et de la liberté, je suis fier de faire partie des premiers signataires.

Bien cordialement.

pouvoir_politique_et_penale_ml

 


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