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A paraître « La probation française à l’épreuve »
12 janvier, 2018, 0 h 12 min
Classé dans : Non classé

Tony Ferri (4)

Chers amis, chers collègues, voici la primeur d’une information

La probation française à l’épreuve

Dragan Brkić (ex-CPIP) et René Biella (CPIP désormais retraité)

(A paraître, dans ma collection, « Les logiques des pénalités contemporaines », chez L’Harmattan, en juillet 2018)

 Communiqué de René Biella :

 Dans le domaine de la recherche universitaire relative à l’institution punitive, il est saisissant de constater à quel point s’empilent les erreurs de jugement et de diagnostic, les égarements spéculatifs, à quel point se multiplient les défauts de connaissances empiriques, les carences en matière d’assimilation des pratiques, de sorte que le professionnel aguerri à une activité concrète de terrain ne peut manquer d’aller de surprises en déconvenues, ballottant entre le sentiment de consternation et un désir de rire libérateur, à la lecture des travaux marqués non pas seulement du sceau d’une coupable déficience, mais encore par une dangereuse incurie et une patente impéritie tenant à un manque d’exercice des pratiques.

 Dans le registre de la sanction pénale, où il est question de vie et de mort, en ce sens qu’elle va entraîner des conséquences majeures sur l’existence, comment la théorie et la contemplation de l’universitaire ne cesseraient-elles pas, dans le fond, d’être démenties par la pratique de terrain ?

Si la spéculation pénale de l’enseignant-chercheur vient à ce point se fracasser contre la réalité positive des pénalités, c’est parce que l’hypothèse – que l’universitaire formule et cherche à faire corroborer à tout prix par l’orientation de sa théorie – n’a pas la consistance que possèdent les procédés concrets de prise en charge des condamnés, sous la double forme de l’aide et du contrôle. Ici comme ailleurs, l’abîme qui sépare l’homme de la pratique de l’homme de la contemplation réside dans le fait que seul le praticien a l’habitude de l’action et « sait faire », en obtenant des résultats palpables et réels, là où le petit maître assistant ou de conférences, n’ayant aucune habileté ou compétence dans l’art d’appliquer les règles professionnelles, n’arrive tout au plus qu’à ressemeler des textes déjà fort rebattus. Bref, en lieu et place de mettre en œuvre quoi que ce soit qui puisse permettre d’aboutir à des résultats concrets et probants, le chercheur de cabinet obéit à ce que nous pouvons nommer, en nous inspirant des remarques fécondes d’Henri Bergson, une illusion spéculative. « Originellement, souligne l’auteur de L’Évolution créatrice (1907), nous ne pensons que pour agir. C’est dans le moule de l’action que notre intelligence a été coulée. La spéculation est un luxe, tandis que l’action est une nécessité ». Karl Marx avait d’ailleurs fortement insisté sur le fait que seule l’activité socio-politique, l’exercice enraciné du travail sont de nature à provoquer des transformations substantielles dans le tissu de la réalité économique.

 D’où il résulte que, loin de permettre de saisir la réalité concrète de ce que vivent au quotidien les acteurs du système punitif (professionnels et personnes placées sous main de justice), le péroreur de l’institution académique, qui fait trop souvent l’objet de son propre aveuglement, cherche à parler à la place des praticiens sans être à leur place, se contente donc de discourir sans percevoir ce qui se fait et ce qui se joue de radicalement opérant dans les pratiques professionnelles, aussi bien au sein des prisons qu’à l’intérieur des services pénitentiaires d’insertion et de probation. A cet égard, il apparaît que la coutume qu’à un chercheur de commencer par affirmer qu’il s’est prétendument immergé au sein d’un établissement ou d’un service pénitentiaire pour tenter de fixer sa théorie vient de ce qu’il sent bien et anticipe, au fond, le caractère illégitime de son étude. Car, à titre d’exemple significatif, il faut se souvenir que, pour saisir véritablement l’ampleur et la profondeur de ce qu’il y a à découvrir et à vivre dans une prison, aux multiples visages et représentations, aux infinis angles morts, le tour de piste que prétend faire le petit maître de l’enseignement universitaire dans la prison, du reste aux conditions de celle-ci, et ce en vue d’essayer d’asseoir son hypothèse, ne saurait aucunement suffire à en établir la réalité complexe, protéiforme et concrète. Pour aller autrement plus loin dans la compréhension précise de la nature carcérale, il lui faudrait être logé à la même enseigne que les personnels, ou mieux : il lui faudrait être traité comme un prisonnier, c’est-à-dire qu’il serait requis qu’il accède à la détention en étant considéré, par l’ensemble de ses occupants (professionnels et infracteurs), comme un condamné, qu’il possède, en conséquence, une fiche pénale ou un casier judiciaire factice, et qu’il demeure confiner là pendant, au moins, trois années pleines consécutives, sans qu’il ait la possibilité d’aller boire, à sa convenance, une boisson réconfortante au café du commerce et sans que les personnels et les détenus eux-mêmes soient informés qu’il est en fait un chercheur de cabinet. Il est vrai que, si cette situation est impossible, cela tient, non pas seulement au fait qu’il n’est pas légal de produire et d’user de faux documents pour tromper une administration publique, à l’aide d’une fausse fiche pénale par exemple, mais aussi et plus subtilement au fait que, si ce chercheur tentait d’aventure l’expérience, nous gageons qu’il ne pourrait pas mener à bien son étude, pour la raison de fond qu’il ne tiendrait pas, au sein du sarcophage carcéral, plus de quinze jours d’affilée, et abandonnerait illico, tout penaud, la langue pendante et la main tremblante, son projet devenu infernal lorsque les conditions et les règles d’intervention carcérales et réelles sont respectées et vécues comme le vivent, de l’intérieur et longtemps, les occupants de l’enceinte pénitentiaire. C’est pourquoi les travaux des chercheurs de salon ne manquent pas d’emblée de se donner d’autant plus comme suspects que ces derniers s’épanchent, dès l’introduction, au moyen de moult remerciements émouvants pour l’accueil qui leur a été réservé, sur leur supposée et incroyable immersion au sein des établissements.

Il n’en va pas autrement en ce qui concerne la compréhension des activités du conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation en milieu ouvert. En effet, afin que l’enseignant-chercheur s’imprègne un tant soit peu des préoccupations professionnelles journalières de ce praticien de la « chose criminelle », qui porte le statut de conseiller, qui exerce l’art concret de l’accompagnement des personnes placées sous main de justice et qui s’efforce, au quotidien, de démêler le nœud gordien du fait délinquantiel, il est attendu de lui au minimum qu’il s’arrache aux fantasmes qui le hantent sur la délinquance, qu’il ne se contente pas d’observer timidement les praticiens à l’œuvre, dans la posture du retrait poli, qu’il ne se précipite pas à considérer, en dehors de toute action en train de se faire, l’éventualité alléchante de s’entretenir avec un infime échantillon non représentatif de conseillers comme l’alpha et l’oméga du matériau à surinvestir ensuite « métaphysiquement », en vue de nourrir son hypothèse de départ. L’exacte compréhension de l’exercice des missions du conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation suppose cet exercice lui-même, puisque ici, comme dans tout art, c’est en faisant qu’on apprend à faire et qu’on mesure, après bien des années d’expérience, tout le sens et toute la portée d’une telle pratique.

 Dès lors, pour que les activités du conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation deviennent à l’apprenti-observateur a minima intelligibles, il est donc requis non seulement l’exercice de cet art, mais une pratique du métier incommensurablement longue et mature, caractérisée par :

- son enrichissement par des milliers d’heures de contacts concrets avec les personnes condamnées, dans le cadre d’entretiens ou de visites à domicile seulement à l’occasion desquels peut se dégager une connaissance utile de l’intime parcours de ceux qui ont été mis en cause dans des infractions ;

- le développement des relations particulières que les praticiens nouent avec les magistrats mandants et les partenaires des services pénitentiaires d’insertion et de probation ;

- l’appropriation de l’articulation des pratiques professionnelles à l’établissement, par les conseillers chevronnés, de milliers de rapports à destination de l’autorité judiciaire ;

- le rehaussement de la prise en considération des postures, des représentations et des difficultés multifactorielles de ceux que la justice condamne en vertu de ses lois et de ses mœurs.

 C’est dire combien le chercheur, habitué à se griser intellectuellement dans sa chambre, ne peut manquer d’être infiniment loin du but qu’il prétend naïvement, ou par fanfaronnade, pouvoir atteindre, lorsqu’il se promène dans les établissements ou services pénitentiaires. Ce manque ou cette inaptitude ne relève donc pas seulement du fait qu’il se tienne à une place minuscule quand il vise à étudier un objet du système punitif qui forcément le dépasse compte tenu de son caractère aussi considérable que sibyllin pour l’entendement, mais encore du fait qu’il se trouve naturellement aux antipodes de la possession de l’expérience minimale attendue et du matériau complexe fermement requis pour espérer commencer à se faire ne serait-ce qu’une idée claire de la nature de la probation française. C’est ainsi que, parmi les travaux de la recherche universitaire qui ont été proposés sur les activités des services pénitentiaires d’insertion et de probation du milieu ouvert depuis la création de ceux-ci en 1999, jusqu’à ce jour, seul le texte de Dominique Lhuilier présente encore, malgré sa déjà relative ancienneté (2007)1, quelque intérêt non négligeable, par cela seul qu’il tente, bon an mal an, de se conformer aux pratiques d’intervention des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation, et de coller à la réalité du terrain, en veillant à éviter de glisser par trop vers l’abstraction de bureau.

C’est, en définitive, à déterminer avec précision les traits caractéristiques des interventions du conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, en milieu ouvert, que s’attachera notre exposé. Soucieux d’extraire, sur le plan pratique, le noyau fondamental de la probation française, il ne lui sera alors pas malaisé de vaincre les spéculations les plus hardies des métaphysiciens de boudoir.

<a rel= »author »href= »https://sites.google.com/site/tonyferriphilosophe/

<a rel= »author »href= »https://plus.google.com/u/0/100919902922310644549

1 Dominique Lhuilier. (sous la direction de), Changements et constructions des identités professionnelles : les travailleurs sociaux pénitentiaires, Rapport final, DAP, Paris, 2007.


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