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« Dédicace à tous ceux qui aiment leur métier »
4 avril, 2018, 0 h 05 min
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« Dédicace à tous ceux qui aiment leur métier »

 

Par Tony Ferri, La surveillance électronique pénale. Son statut, son sens, ses effets, Paris, Bréal, 2017, p. 7-9.

 

Quand on aime son métier, on ose le critiquer. Quand on se refuse à critiquer l’emploi occupé, consciemment ou inconsciemment, c’est très souvent le signe d’un amour-propre, parce qu’on renonce à s’adresser des reproches par crainte de voir son image entachée d’un indice d’horreur ou de dégoût. Ceux qui défendent leur petite chapelle professionnelle sont des hypocrites, des vaniteux, des menteurs.

Dans le secteur privé, l’encensement de l’activité professionnelle provient d’une logique de marchandisation, de concurrence et de performance. Il s’agit de croire et de faire croire que l’entreprise à laquelle on appartient est la meilleure dans son domaine. Il faut bien ici que l’offre s’adapte à la demande, qu’elle l’attire à elle, la développe par opérations de communication, manipulation de masse, publicité. Dans le secteur public, qui échappe, en partie, à la logique de la domination économique, l’excès de flatterie professionnelle vient du carriérisme, de l’égoïsme, de la volonté de pouvoir, du soin, apporté par chacun pour soi-même, pour obtenir de plus grandes garanties statutaires et de plus grands avantages indiciaires ou matériels. Autrement dit, dans le registre professionnel, c’est rarement la vertu qui prime, et c’est pourquoi il y a lieu de considérer toute occupation d’un poste, à commencer par celui de cadre, comme d’emblée ou a priori douteuse, comme l’expression inavouable d’un plan personnel de carrière.

Ainsi est-ce par amour de son travail qu’on le critique, et est-ce par amour-propre qu’on l’exalte ? En fait, pour espérer obtenir quelque amélioration morale, pour favoriser l’émergence d’une justice au sein de la sphère professionnelle, il faudrait, à l’inverse, oser dire non, valoriser le refus, avoir le courage de critiquer, non pas au sens de l’esprit de critique qui n’est que médisance et retour de l’amour-propre, mais au sens de l’esprit critique, qui sait faire tout autrement preuve de discernement et de jugement, qui vise à l’honnêteté intellectuelle, qui marque l’étape d’une crise et le besoin crucial d’un changement positif. Il est manifeste qu’on n’approuve que rarement l’homme critique, qu’on fait d’ailleurs passer pour un homme de la critique, qu’on ravale donc au rang de l’impertinent ou de casse-pieds, et donc à celui de l’individu gênant à condamner, alors que précisément l’intérêt de sa présence est qu’il vise à dégager des points décisifs, des phases percutantes, des perspectives prometteuses quant à l’évolution d’une situation. Nul doute que le subalterne qui ne cherche pas à gravir les échelons est souvent incomparablement plus convaincant, intéressant et honnête que le supérieur hiérarchique qui n’a d’yeux que pour l’idée de se hisser rapidement à la charge supérieure, et ceci est d’autant plus vrai que celui-ci y parvient. Au fond, c’est en proportion de la réussite à élever rapidement sa charge ou son titre que se mesure, se justifie, tout soupçon contre le parvenu professionnel. C’est aussi pourquoi le subalterne qui n’est pas carriériste est souvent agréable au contact, tandis que le supérieur hiérarchique ou le subordonné avide de pouvoir s’appréhende immanquablement sous l’angle de la violence, directe ou dissimulée. Qui n’a jamais apprécié le contact chaleureux avec ces grands érudits ou diplômés, avec ces personnes instruites qui s’accommodent de leur position subalterne, et ce malgré leur niveau réel, et qui, de ce fait, inspirent confiance ?

 

 


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