Un site utilisant unblog.fr

Le sens de la sanction pénale, chez Charles Fourier 
26 février, 2019, 23 h 46 min
Classé dans : Non classé

René Schérer, En quête de réelRené Schérer, En quête de réel (2)

Chers amis, chers collègues,

Je suis charmé de venir partager avec vous ici un extrait du livre de René Schérer, En quête de réel, dans lequel l’auteur évoque la manière dont Charles Fourier considère la question de la sanction pénale. Un vrai délice de finesse, quand on y songe ! Car la délinquance est aussi, et peut-être même avant tout, une fabrication sociale tenant notamment à l’inflation législative répressive, à une certaine organisation toxique des relations interindividuelles, à l’augmentation des frustrations, à la bizarrerie des mœurs, à l’implacable fourberie de l’égoïsme…, bref à ce que les fouriéristes nomment volontiers le dissonant ou le dysharmonique :

 « Vous demandez quelles seraient, selon Fourier, les punitions de la délinquance. Ce n’est pas là son problème, c’est un faux problème (au sens qu’a donné Bergson à cette expression). Le vrai problème est – et reste, d’ailleurs – la prévention. Concevoir une société telle que la délinquance n’y soit plus possible. Ou encore, ne pas désigner comme crime ce qui ne l’est en aucune manière. Voilà deux points (…) à partir desquels on peut comprendre Fourier. La société sans délinquance, c’est celle où tous ont accès à tous les biens qu’ils peuvent désirer, et sur tous les plans désirables. C’est l’ « Harmonie universelle » : à l’incommensurabilité des désirs, associer les moyens de les satisfaire (…). Le vol, l’ordre sociétaire harmonique ne le généralise pas, comme le fait Sade, mais l’abolit avec la propriété individuelle, chacun, dans cet « ordre combiné », pouvant disposer de tous les biens de la collectivité ; l’adultère devient impossible alors qu’il n’y a plus de « mariage exclusif », etc… il y a renversement des valeurs, comme dira Nietzsche. Ce que Fourier oppose à une société réglée sur le maintien de la propriété privée, l’individualisme et le « quant à soi », c’est une société, non pas exactement « communiste », le mot impliquant pour lui un nivellement par le bas, mais de partage universel, où la « vertu », le bien à opposer aux crimes est « l’accroissement, la multiplication des liens sociaux ». Tout ce qui isole est mauvais ; ce qui unit est bon (…). C’est-à-dire, toujours, non pas punir, contraindre et enfermer, mais libérer les passions de leurs entraves, ouvrir sur le dehors et sur les autres, multiplier les issues passionnelles et les liens. Au quant à soi, opposer l’expansivité, l’ouverture à autrui » (dans René Schérer, En quête de réel. Réflexions sur le droit de punir, le fouriérisme et quelques autres thèmes – Entretien avec Tony Ferri, Paris, L’Harmattan, coll. « Les logiques des pénalités contemporaines », 2014, p. 27-28).

Très cordialement.


Pas de commentaire
Laisser un commentaire



Laisser un commentaire

MELODINE |
François, pour toi, c'... |
Celal Karaman Güncel Blog,c... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Euristote
| Blackdiamond1999
| EmGlob