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[Extrait] « Emprisonner et surveiller »
8 juin, 2019, 11 h 39 min
Classé dans : Non classé

Tony Ferri (28)Couv. Emprisonner et surveiller

Chers amis, chers collègues,

Voici, ci-dessous, pour partage, un extrait du livre Emprisonner et surveiller, paru en 2016, aux Éditions Bréal, portant sur l’aspect organisationnel et architectural de la prison.

Bon week-end !

Très cordialement.

 

[Extrait] Tony Ferri, Emprisonner et surveiller. Vers la normalisation du placement sous surveillance électronique ?, Paris, Bréal, 2016, p. 71-74 :

 « La clôture des prisons empêche la pénétration de tout élément extérieur, à commencer par la lumière naturelle. Dans les prisons modernes, au niveau des postes d’information et de contrôle où campent les surveillants qui vérifient tout particulièrement les entrées, les sorties et les mouvements des détenus, et qui ont la responsabilité de veiller à ce qu’aucun prisonnier ne manque à l’appel au sein du quartier où ils se trouvent, on observe la présence d’une lumière artificielle et agressive. L’éclairage y est diffus et permanent à l’aide d’ampoules ou de spots de couleur blanchâtre ou jaunâtre. La nature même du poste de contrôle, qui doit être, du moins en théorie, fermé, afin d’alerter plus efficacement la hiérarchie en cas de problème ou d’anomalie, implique qu’il soit moins éclairé que l’espace qui le jouxte immédiatement et qui l’entoure. Les lampes sont fortement braquées sur le carrefour où est placé le poste d’information et de contrôle, puisque c’est obligatoirement ce carrefour que doivent emprunter les détenus lorsqu’ils sont autorisés à quitter le quartier pour se rendre à un autre endroit de l’établissement, comme, par exemple, dans les ateliers, au parloir ou au service médical. La lumière diffuse et continue qui est placée au centre du quartier tranche avec une lumière plus tamisée au niveau des couloirs. La présence de quelques fenêtres sur les parois des couloirs laisse s’introduire une lumière naturelle en réalité peu efficace, compte tenu du fait qu’elles possèdent des barreaux et qu’elles ne sont pas suffisamment larges au regard de l’imposante masse de la structure. De sorte qu’il est facile de comprendre que le système de l’éclairage est interne à l’établissement et incorporé à son architecture même qui ne laisse que peu de place à la pénétration d’une large lumière naturelle directe. Le rayonnement de la lumière naturelle, qui est timide en détention, n’y est jamais vertical ou zénithal. Cette lumière s’infiltre par les fenêtres qui apparaissent comme de maigres interstices vis-à-vis de l’épais sarcophage. À cette absence de lumière naturelle zénithale s’ajoute le manque de chaleur des lieux. Généralement, on observe, dans la détention moderne, sinon une froidure, du moins une certaine fraîcheur constante due au système de fermeture des espaces et au rejet de la lumière vers l’extérieur. L’effet de réverbération de la lumière vers l’extérieur et le système d’isolation des lieux contribuent à donner à l’établissement pénitentiaire un aspect de thermos dont la température interne est tantôt tiède, tantôt moite. L’une des caractéristiques de la prison est l’humidité ambiante qui impose aux objets, aux habits, aux mains une certaine moiteur permanente. La froidure moite des lieux se double, en détention, d’une froideur de caractère et de tempérament. Sur un plan psychologique, en l’absence d’amabilités et de considération, et en raison de la ‘caporalisation’ des liens humains entre les personnels et les détenus d’une part, et entre le personnel de surveillance et le personnel de direction d’autre part, l’atmosphère des prisons est glaciale. S’y constatent un manque de chaleur humaine, la pauvreté des liens humains, la froideur de caractère, l’appellation des détenus par les surveillants et les directeurs à l’aide du nom propre sans la particule ‘monsieur’, la dénomination des personnels pénitentiaires par les détenus à l’aide des mots désincarnés, sans l’accompagnement du nom propre, comme ‘surveillant’ ou ‘chef’, la disparition des relations de cœur. Le territoire des établissements pénitentiaires est un lieu emblématiquement sans ferveur ».

Site des Éditions Studyrama/Bréal :

https://librairie.studyrama.com/auteur/2258/tony-ferri


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