Un site utilisant unblog.fr

Reportage « Enfermés dehors » sur France 5
25 février, 2016, 0 h 33 min
Classé dans : Non classé

Diffusé le 23/02/2016, sur France 5, dans l’émission Le monde en face présentée par Marina Carrère d’Encausse, le reportage « Enfermés dehors », d’une durée de 50 minutes environ, aborde la question du placement sous surveillance électronique (le bracelet électronique pénal). Pour (re)visionner directement le reportage, voici le lien vers le site de l’émission :

http://www.france5.fr/emissions/le-monde-en-face/videos/replay_-_enfermes_dehors_23-02-2016_1069601

Pour revoir en streaming et gratuitement le documentaire, voici un deuxième lien :

http://www.documentaires-streaming.com/enfermes-dehors/

 

Enfin, pour plus de détails sur le reportage, voici le lien vers une autre page de l’émission :

http://www.france5.fr/emissions/le-monde-en-face/diffusions/23-02-2016_459848

 

Reportage  bracelet électronique enfermés dehors France 5 le monde en face Tony FerriCondamnés à de courtes peines, de nombreux détenus sont aujourd’hui placés sous bracelet électronique. Un emprisonnement à domicile qui permet d’échapper à l’enfermement entre quatre murs mais n’est pas toujours facile à vivre.

« C’est un peu la prison dehors. C’est vraiment mieux que les 9 mètres carrés d’une cellule, mais psychologiquement c’est compliqué de se dire qu’on a un fil à la patte tous les jours, qu’on doit respecter les contraintes, ne pas se tromper dans les horaires. Il y a un stress quotidien… C’est plus compliqué que ce que je pensais. » Jérôme Kerviel sait de quoi il parle. Après avoir effectué une partie de sa peine en détention, il a été autorisé à la terminer sous bracelet électronique. Pendant neuf mois, l’ancien trader a ainsi porté à la cheville un dispositif relié à un boîtier, destiné à contrôler sa présence au domicile dans les termes fixés par le juge. Une situation pas si facile à gérer. Car, si pour certains ce « boulet moderne » permet de désengorger les établissements pénitentiaires, de favoriser la réinsertion et de lutter ainsi contre la récidive, les détenus, eux, sont contraints à une autosurveillance de tous les instants. Dès la première minute de retard, une alerte est transmise aux agents du pôle « alarme » chargés de rappeler à l’ordre le fautif et de rapporter l’incident auprès du juge d’application des peines. L’ombre de la prison n’est jamais loin.

 Une prison sans les murs

 Pire, l’intrusion de l’administration dans l’intimité du foyer pèse lourd. Selon Tony Ferri, philosophe et conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, « avec le placement sous bracelet électronique, qu’il faut porter vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il s’agit d’emménager au domicile du condamné et même sur son propre corps ». Chaque année, quelque 25 000 personnes effectuent une peine sous bracelet électronique pour conduite en état d’ivresse, violence, vol, trafic de stupéfiants ou encore non-paiement de pension alimentaire… L’anxiété quotidienne liée aux contraintes horaires et psychologiques conduit un certain nombre de détenus à demander leur retour en prison ! D’autres, comme Kacem, devenu animateur sportif, prennent cette mesure comme un « choix » qui permet de « travailler, de commencer à faire tout de suite des choses pour (soi) ». Idem pour Christophe, qui voit « plus comme une chance que comme une peine » ses six mois sous bracelet. Mais le magistrat Serge Portelli met en garde contre ce qu’il considère comme les possibles « prémisses d’un danger terrible et d’une société assez effrayante. Des prisons partout, ça coûte trop cher. L’idéal pour un dictateur, et il y en a beaucoup, c’est un peuple qui se surveille lui-même et qui est surveillé sans trop de matériel pour l’emprisonner. Tous les systèmes qui existent aujourd’hui participent de ce régime potentiellement totalitaire .

Beatriz Loiseau

Documentaire Durée 52’ Auteure-réalisatrice Imen Ghouali Production Step By Step Productions, avec la participation de France Télévisions et de Planète + CI Année 2016



Parution du n°58 de la revue Passe-Murailles
4 février, 2016, 0 h 15 min
Classé dans : Non classé

Couverture _58

Chers amis, chers collègues,

 

Pour partage, je viens vous informer de la parution du numéro 58 de Passe-Murailles, la revue bimestrielle du Génepi (Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées), portant sur les alternatives à la peine.

 

Pour plus de détails, si vous le souhaitez, vous pouvez vous rendre sur le site de la boutique en ligne de l’association : http://isp263.wix.com/laboutiquedugenepi#!product/prd1/4463363621/%2358-des-alternatives-%C3%A0-la-peine

 

En ce qui me concerne, j’ai eu le plaisir de participer à ce numéro par l’établissement d’un article portant sur la question du placement sous surveillance électronique (un de mes sujets philosophiques de prédilection depuis quelques lustres, tant sur le plan théorique que sur le plan pratique).

 

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Les rationalités pénitentiaires (dans « Le pouvoir de punir », L’Harmattan, 2014, pp. 22-31)
30 octobre, 2015, 23 h 33 min
Classé dans : Non classé

2) Les rationalités pénitentiaires

 De là vient que nous entendons faire valoir un autre angle d’approche des questions qui touchent le milieu pénitentiaire. Contre un certain discours de confiscation institutionnel, il importe de faire droit à un travail de restitution de l’interrogation en direction du champ pénitentiaire, au bénéfice des acteurs de terrain eux-mêmes, et, pour ainsi dire, in medias res4. Le rétablissement de l’interrogation se matérialisera ici à travers une réflexion portant sur les rationalités pénitentiaires en tant qu’elles orientent décisivement la manière d’assigner des missions et un rôle aux personnels pénitentiaires d’insertion et de probation. A cette fin, il conviendra de dégager à la fois, pour chacune des rationalités identifiées, ses caractéristiques propres qui président à la constitution et aux missions de ce corps de praticiens, le paradigme sur lequel elle s’appuie et fonctionne sur un plan pragmatique, la méthodologie dont elle se réclame, l’élément arbitraire qu’elle comporte et les particularités de son éthique. Il y a d’ores et déjà lieu de relever que deux rationalités, majeures et perceptibles, s’affrontent concrètement aujourd’hui, et engagent la vision même de la pénalité :

 a) La rationalité prédictive :

Il s’agit de la logique qui, dans une perspective de protection de la société, vise à prévoir le crime, à anticiper sur l’avenir, et ce en tâchant de dégager des éléments relatifs au passé des délinquants et de s’appuyer sur des données antérieures relatives à l’état d’une population, à des tables statistiques. Cette logique a pour paradigme, dans le registre criminologique, la question de la prévention de la récidive. Selon cette rationalité, la peine est d’abord conçue comme une arme de défense sociale, et a pu trouver un écho favorable au sein du mouvement de politique pénale appelé, au sortir de la Drôle de Guerre, la Nouvelle Défense sociale (1945-1975), qui a milité notamment pour l’accroissement des effectifs au sein des équipes de police et de magistrats. Cette logique prédictive s’appuie sur une méthodologie actuarielle, qui se constitue sur une technologie de calcul prévisionnel tourné vers le passé infractionnel de groupes, de cohortes, de catégories d’individus. Elle privilégie un raisonnement en termes de facteurs de risque, de gestion de flux, et accorde la priorité aux données antérieures et globaux, aux éléments structurels auxquels s’articulent, selon elle, les causes de la délinquance. Son postulat général est que le phénomène de la délinquance repose sur un principe de causalité, que l’acte délictuel ou criminel est le résultat d’un enchaînement de causes et d’effets en partie prévisibles, la conséquence d’un enchâssement de mécanismes plus ou moins identifiables. La pénalité qui s’exprime au travers de la rationalité prédictive est une pénalité foncièrement hantée par une logique comptable et gestionnaire. L’élément arbitraire de cette rationalité réside dans son principe même : comment, en effet, s’assurer que les dispositions de la loi, toute teintée de généralité, ne contreviennent pas et correspondent à chacun des individus qui n’ont pas leur second pareil ? Comment ne pas succomber à la dérive de plaquer des généralités et des dogmes standardisés sur la variété du vivant humain ? Et surtout, comment garantir que l’individu récidivera, sans, du coup, le condamner arbitrairement par avance ? Cette rationalité, on le voit, vise à prévoir, à rendre des comptes, à quantifier. Elle s’affirme comme abordant le problème de la délinquance sous l’angle des faits, de l’élément factuel, de la matérialité de l’événement, de la positivité de l’action, du réel objectivable. Son programme s’ordonne à des mesures et des résolutions de nature bio-politique. Selon pareille rationalité, la prise en charge des délinquants relativement aux soins, au registre éducatif, au versant social, à la fréquence des convocations, au rythme du suivi, s’effectue sous condition préalable d’opérer par classement, découpage, orientation, régulation, segmentation. Concrètement, il s’agit d’orienter la personne placée sous main de justice (PPSMJ) vers des groupes de parole, des programmes de prévention de la récidive (PPR), des dispositifs bio-politiques, en fonction de l’évaluation du degré de dangerosité de l’individu, en fonction de ses antécédents judiciaires, en fonction de l’état d’un budget. L’éthique qui prévaut ici du côté des professionnels est celle de la responsabilité, qui consiste à tenir compte de la réalité des données factuelles et des contraintes extérieures qui s’imposent à l’évaluateur, au prévisionniste, au calculateur.

 b) La rationalité situationnelle :

Il s’agit d’une logique qui vise, dans une optique de valorisation de l’identité individuelle ou monadique, à comprendre la situation de l’individu à un moment donné de son existence, à explorer les différentes facettes de ce qui caractérise l’in situ, le fait d’être en situation, en tâchant de dégager des éléments prospectifs, de mettre en œuvre un projet, de réaliser un inventaire, un diagnostic permettant d’évaluer des perspectives. A partir d’un examen analytique, elle tente d’établir des conclusions sur la situation immédiate de l’individu, qui peut être critique ou complexe, en vue d’établir des plans d’adaptation à plus ou moins long terme, à plus ou moins longue échéance. Cette logique a pour paradigme, dans le registre criminologique, la question de la réinsertion individuelle, la question de la place et du rôle de l’individu dans la communauté, la question de la normalisation. Cette rationalité est indexée sur une méthodologie analytique ou clinique, qui se construit sur des techniques d’accompagnement destinées à insuffler une dynamique de transformation de l’individu, à l’aider à intérioriser les normes et les lois, à le soutenir dans ses efforts pour affirmer son autonomie et assumer ses responsabilités d’adulte, à lui permettre de sortir hors de la condition de minorité (au sens kantien), à favoriser l’apprentissage de la liberté et l’exercice de la citoyenneté, à instaurer les conditions d’une prise de conscience de la nécessité de respecter les règles et les codes en société et de répudier les actes de transgression, à rappeler les règles de droit et les attentes en matière comportementale, à trouver les points d’accroche ou d’ancrage permettant à l’intéressé de se remotiver et de retrouver les ressources qui lui permettront de travailler à sa réinsertion. Cette rationalité ne néglige aucunement les éléments singuliers, contextuels, conjoncturels et accidentels de l’existence individuelle, elle attache une importance particulière à l’histoire et à l’environnement du sujet. Elle met l’accent sur la dimension relationnelle, sur une exigence quasi morale d’un face-à-face, d’un entretien, d’une interrelation, entre le délinquant et le représentant de l’État, garant de l’application de la loi ou de la sanction (juge de l’application des peines, conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation). Cette logique requiert un rapport de confiance minimal entre les acteurs du face-à-face, qui n’est pas perçu comme le lieu ni comme l’occasion d’une confrontation, mais comme un espace de discussion où les peines sont susceptibles d’être individualisées (« l’individualisation des peines »), négociées, contractualisées, assouplies, en fonction des engagements réciproques des parties et sous condition de l’investissement du condamné. La question de la reconnaissance par le condamné de sa culpabilité et celle de la manifestation par lui d’un regret d’avoir commis les faits sont fondamentales. L’absolution du condamné, l’octroi d’un aménagement de peine ou d’une remise de peine, l’accès à une progressivité de son régime de détention, etc., sont très puissamment conditionnés par le diagnostic et l’avis du professionnel de l’insertion et de la probation, ainsi que par les décisions du juge de l’application des peines. Dans cette perspective, il s’agit notamment d’évaluer le positionnement de l’intéressé au regard des faits commis, de comprendre son passage à l’acte, de définir les éléments du contexte de la commission de l’infraction, d’apprécier son investissement dans un objectif de changement, de mesurer le respect par lui de ses obligations particulières, d’estimer ses besoins et de l’amener à maintenir un cap et à collaborer à une dynamique de transformation de soi aux conditions de la norme et de la loi. L’élément arbitraire de cette rationalité réside dans la conséquence qu’elle implique : comment, en effet, s’assurer que les décisions du juge, dans le cadre des procédures d’individualisation des peines, ne soient pas arbitraires, fluctuantes, injustes, inégales non seulement d’un juge à un autre, mais dans le traitement juridictionnel même des condamnés ? La peine s’envisage ici comme une arme de rétribution, d’expiation, de distillation d’une souffrance à l’endroit du condamné, comportant néanmoins, pour lui, en contrepartie, les chances d’obtenir un aménagement ou une réduction de peine, une réhabilitation, une resocialisation. Selon pareille rationalité, la prise en charge des délinquants dans les différents secteurs du soin, de l’éducatif, du social, et choses semblables, se réalise à partir de l’élaboration d’une synthèse établissant les différentes caractéristiques (psychologiques, éducatives, sociales) de l’individu et permettant d’orienter la mesure dans telle ou telle direction, de proposer un parcours d’exécution de peine individualisé, d’envisager un « traitement » au sens d’une prescription d’une manière d’agir avec l’interlocuteur, au sens d’une recommandation d’une conduite. Le rythme des convocations au Service pénitentiaire d’insertion et de probation peut alors s’établir a posteriori sur un mode intensif, espacé, ordinaire, administratif, et donc varié. Par où l’on voit que la logique situationnelle s’inscrit, non plus dans l’horizon de la bio-politique, c’est-à-dire du vivre et du mourir, mais bien plutôt dans celui de l’anatomo-politique et des disciplines. Dans ce schéma, l’éthique qui a préséance du côté des professionnels est celle de la conviction, qui consiste à tenir compte du fait qu’un acte de délinquance est l’expression d’une volonté en situation, qu’il traduit la personnalité d’un individu qui est en situation, qui est soumis aux règles du devenir. Dans ces conditions, le principe qui commande ici le passage à l’acte délictuel ou criminel est moins un principe de causalité mécanique qu’un facteur humain, à savoir le fait d’exister, le fait d’être en situation, le fait être en relation avec, le fait d’ « être englué », selon une expression existentialiste.

 3) Un clivage méthodologique ?

 De là résulte qu’il existe aujourd’hui deux grandes approches de la criminalité (en réalité, il y en a plus, si l’on tient compte des nuances et des variantes entre les pays), en tout cas se dégagent assez nettement deux grandes tendances criminologiques : l’une, anglo-saxonne, qui privilégie la mise en œuvre de tables criminologiques (les fameux « actuariats ») et l’étude statistique et qui, de ce fait, part du général pour aller vers le particulier, en appliquant des schémas génériques et des résultats généraux à des situations concrètes, diverses et variées ; l’autre, française, voire latine ou méditerranéenne (ce qui se fait, par exemple, en Italie ou en Espagne, est assez proche de la tradition française en matière d’accroissement de la juridictionnalisation des aménagements de peine5), qui accorde la priorité aux pratiques d’individualisation (« l’individualisation des peines »), aux méthodes d’entretien et à l’analytique et qui, de ce fait, préfère, a contrario, partir du particulier pour aller vers le général : on part de l’individu, de ses singularités et de son environnement de vie, pour se hisser, de proche en proche, par cercles concentriques, vers des conclusions plus générales ressortissant, par exemple, au profil ou à la personnalité du condamné, ou encore à sa situation globale. Entre ces deux approches, qui ont l’air antinomiques, il n’y a pas lieu de procéder à une hiérarchie. Aussi convient-il de se déprendre de la tentation de former des conclusions trop hâtives en ce qui concerne la prétendue supériorité de l’une de ces approches sur l’autre. De même que la France ne fait pas mieux que les Anglo-saxons, de même les Anglo-saxons ne font pas mieux que la France, en termes de prévention de la récidive ou d’enrayement de la délinquance. Il est même à remarquer que, bien que l’approche actuarielle soit née de l’inventivité américaine, il n’en demeure pas moins que, parmi les pays de l’OCDE (les pays les plus industrialisés de la planète), le crime touche encore fortement le territoire états-unien qui ne brille ni par l’instauration de politiques de prévention et d’aide aux démunis par le travail, l’économique et l’égalisation des conditions, ni par la lutte contre les discriminations et les exclusions.

4) Y a-t-il opposition entre les interprétations et les faits ?

Ces rationalités pénitentiaires de prise en charge des condamnés permettent-elles de mieux interpréter et de comprendre le phénomène de la délinquance ? Sont-elles à même de relater objectivement et d’anticiper adéquatement les faits délictuels ou criminels ? Qu’est-ce qu’interpréter ? Qu’est-ce qu’établir un fait ? D’une manière générale, interpréter consiste, à l’égard d’un texte, d’un récit, d’un acte ou d’un événement par exemple, sinon à le traduire, c’est-à-dire à le transposer dans autre chose, ou sous une forme distincte, ou encore dans d’autres mots, le cas échéant en le commentant, ou en en extrapolant le contenu ou l’importance, du moins à tenter d’en dégager la signification profonde ou d’en déterminer la portée exacte. L’acte même d’interpréter suppose donc, on le voit, l’intervention de la subjectivité. La critique qui peut être adressée aux tenants de l’interprétation repose sur le fait qu’elle ne permet pas de définir les conditions d’un accès à l’objectivité, qu’elle ne saurait prétendre à la scientificité. A l’opposé, un fait désigne généralement une donnée, quelque chose qui s’impose à soi de l’extérieur. On suppose que la facticité du fait tient à ce qu’il est dénué de toute intervention subjective, et qu’il flirte avec le réel et la nouveauté. Le verbe faire apporte un éclairage supplémentaire : quand on dit que Dieu a fait l’homme à son image, ou que Paul a fait un enfant à sa femme, transparaît justement l’idée de nouveauté, de chose brute, de naissance en tant que point de départ ou origine. En d’autres termes, on associe généralement le fait au réel, et rien qu’au réel, en tant qu’il est premier ou originaire, dans toute sa plénitude, dans toute sa pureté. Le reproche qui peut être adressé aux partisans du fait consiste précisément à insister sur le caractère pour le moins illusoire qu’il y a de croire en la valeur absolue d’un fait au motif qu’il serait « brut », « pur », au sens d’une objectivité ou d’une matérialité parfaite, et au motif qu’il serait donc, à ce titre, dépourvu de toute détermination, de tout sens qui le précéderait ou l’excéderait. Le reproche consiste donc à appeler l’attention sur le mirage qu’il y a de croire en la possibilité d’être fidèle au fait « brut », et sur le réalisme naïf qu’une telle croyance entretient, parce que nul ne saurait restituer un fait tel qu’il s’est passé, selon une sorte de fidélité de miroir. Nietzsche ne donnait-il pas à penser quand il énonçait qu’il n’y avait pas de faits, mais uniquement des interprétations ? Les rationalités prédictive et situationnelle présentent, dans leur logique respective même, un mixte d’interprétations et de relations aux faits.

5) Les structures du pouvoir pénitentiaire moderne

Entre ces deux rationalités spécifiques qui caractérisent le pouvoir-savoir de l’État s’exerçant actuellement dans le champ pénitentiaire, il semble bien qu’il n’y ait rien de commun et que tout s’oppose. Néanmoins, à bien y regarder, elles forment toutes les deux un point focal qui les relie décisivement et qui, au fond, exprime l’unité des structures du pouvoir moderne. Dans la cas de la rationalité prédictive, on l’a vu, l’action du pouvoir étatique consiste dans l’élaboration d’une méthodologie permettant d’objectiver, en quelque manière, les pratiques professionnelles, de réduire les disparités dans la prise en charge des condamnés, et de s’appuyer sur des grilles et des items de lecture préfabriqués, de sorte qu’elle se présente comme captative, ou plutôt ablative des singularités, des idiosyncrasies. Car, ce faisant, elle fait abstraction des individus et des études de cas, elle ne vise qu’à satisfaire à l’intérêt de la société (ou d’une partie de la société au travers du groupe ou de la classe) et à la sur-administration des populations. M. Foucault qualifie cette technologie de pouvoir de « gouvernement par totalisation ». A l’opposé, avec la rationalité situationnelle, il y a lieu, pour le pouvoir de l’État, de maintenir, et même d’approfondir, l’ensemble du travail analytique et les méthodes d’entretien afin d’élaborer un savoir fin sur la conscience des condamnés, de sorte que cette rationalité se présente, a contrario, comme oblative. Ce faisant, elle se détourne des variables macroscopiques, elle ne s’occupe que de la part incompressible des subjectivités humaines, des récits de vie, des positionnements individuels, de la « vie intérieure », des témoignages et de ce qui se passe dans la tête des individus. M. Foucault qualifie cette technologie de pouvoir de « gouvernement par individualisation », proche, selon l’auteur de Surveiller et punir, de cette technique de pouvoir qu’il désigne sous l’expression de pouvoir pastoral hérité du christianisme. Cette forme de pouvoir pastoral est, selon lui, « une forme de pouvoir qui ne se soucie pas seulement de l’ensemble de la communauté, mais de chaque individu particulier, pendant toute sa vie », et sa caractéristique est qu’elle « ne peut s’exercer sans connaître ce qui se passe dans la tête des gens, sans explorer leurs âmes, sans les forcer à révéler leurs secrets les plus intimes. Elle implique une connaissance de la conscience et une aptitude à la diriger6».

Par où l’on voit que le gouvernement par totalisation et le gouvernement par individualisation sont deux formes de pouvoir qui visent à accéder à la connaissance et à la maîtrise de la communauté des hommes et des individus eux-mêmes selon des angles de vue, certes, différents, mais complémentaires. En effet, il appert que ces deux formes de gouvernement des vivants se rejoignent, interfèrent et coopèrent subtilement dans le pouvoir pastoral qui, en dernière instance, vise à combiner les deux. Tandis que la rationalité prédictive, tout adossée qu’elle est aux tables actuarielles et aux données de la statistique, n’a d’yeux que pour l’établissement de prévisions criminologiques en ordonnant son approche, d’une part, à l’unique passé abstrait et générique des délinquants, et qui plus est, des délinquants « en général », et, d’autre part, à un principe mécanique de l’action humaine, la rationalité situationnelle s’attache, quant à elle, à mettre à jour les différentes facettes et motivations des individus, à percer leurs trajectoires d’existence et leur environnement de vie, à cerner, le cas échéant, leurs caractéristiques propres, voire leurs inquiétantes singularités ou leurs bizarreries personnelles, en tâchant, d’une part, de s’élever du particulier vers la situation globale des condamnés et, d’autre part, de définir les contours de projets individuels et des plans d’adaptation prospectifs en faveur des intéressés. Pour conclure, voici ce qu’écrit M. Foucault, à propos de l’avènement, au cours de l’histoire moderne, du pouvoir pastoral :

« La multiplication des objectifs et des agents de pouvoir pastoral a permis de centrer le développement du savoir sur l’homme autour de deux pôles : l’un, globalisant et quantitatif, concernait la population ; l’autre, analytique, concernait l’individu7». Et, désireux de promouvoir d’autres formes de subjectivité, d’ajouter plus loin : « Il nous faut imaginer et construire ce que nous pourrions être pour nous débarrasser de cette sorte de ‘double contrainte’ politique que sont l’individualisation et la totalisation simultanées des structures du pouvoir moderne8».

Et pour imaginer autre chose, faire preuve de créativité, il se peut qu’il faille, à un moment donné, oser le geste de repousser la limite du possible et lancer un appel au renouveau, au nom de la dignité.

4 C’est ce qu’ont cherché à faire avec fécondité les auteurs suivants : d’abord, sur la question de la réalité carcérale, G. De Coninck et G. Lemire, dans Être directeur de prison. Regards croisés entre la Belgique et le Canada, Paris, l’Harmattan (coll. « Criminologie »), 2011 ; ensuite, sur la question de la probation, A. Normandeau, dans « Faut-il transformer ou abolir la probation ? Notes de lecture », dans Criminologie, vol. 12, no 2 intitulé « Probation : aide ou contrainte ? », Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1979, pp. 89-105.

5 Voir Delphine Agoguet, « Les aménagements de peine privative de liberté en droit comparé (Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Turquie) »,Criminocorpus [En ligne], L’aménagement des peines privatives de liberté : l’exécution de la peine autrement (Paris, 3-4 novembre 2011), comparaisons internationales, mis en ligne le 08 octobre 2013, consulté le 22 mai2014.URL:http://criminocorpus.revues.org/2510 ;DOI :10.4000/criminocorpus.2510

6 Voir « Le sujet et le pouvoir », dans M. Foucault, Dits et écrits, II (1976-1988), Paris, Gallimard, 2001, p.1048 [306].

7 Ibid., p.1050.

8 Ibid., p.1051.



Recension d’« Éloge du pilori. Considérations intempestives sur les arts de punir » d’Alain Brossat – Entretien avec Tony Ferri – L’Harmattan, 2015
25 octobre, 2015, 9 h 43 min
Classé dans : Non classé

9782343069852r

Recension établie par Pierre Berthelet, enseignant-chercheur, spécialiste des questions de sécurité intérieure européenne, créateur du site : securiteinterieure.fr.

Le nombre d’ouvrages de réflexion sur la pénalité va toujours croissant et il paraît toujours plus difficile de se démarquer. C’est pourtant ce qu’a brillamment réalisé Éloge du pilori. Considérations intempestives sur les arts de punir. L’analyse que nous présentent Alain Brossat et Tony Ferri, deux philosophes ayant déjà réfléchi sur les contours de la punition dans nos sociétés actuelles, est particulièrement instructive. L’ouvrage, sous la forme de dialogue, a un double mérite : balayer les grandes thématiques contemporaines relatives à la pénalité et présenter ces réflexions de manière à la fois sommaire et dense. Les deux auteurs ont en effet réussi de manière convaincante à appréhender ces thématiques sous la forme d’un petit opuscule, agréable à lire, sur un style très dynamique, et ce, à travers un dialogue fécond. Les échanges sont particulièrement dynamiques et la conversation est vivante, rendant la lecture de l’ouvrage agréable.

D’emblée, cet ouvrage peut se classer dans la liste des livres critiques sur la pénalité. À rebours des poncifs et des idées préconçues sur les politiques pénales actuelles, qualifiées de « laxistes » par une très large frange de la classe politique et des médias, les réflexions se positionnent clairement dans une posture de dénonciation de ces politiques qui ne font, en réalité, que s’inscrire dans la poursuite du mouvement initié il y a quelques décennies dans le sens d’un durcissement de la sanction. D’ailleurs, l’institution pénitentiaire devient, en quelque sorte, une émanation du ministère de l’Intérieur, en « glissant » du côté de la justice à celui de la police, au nom des impératifs d’une sécurité accrue.

La véritable valeur ajoutée de cet ouvrage est de faire une synthèse approfondie des principaux arguments contre le « carcérocentrisme » (p. 31) actuel. Ce livre consacré aux arts de punir est avant tout une critique de la carcéralité comme mode de gouvernement, avec la prison en ligne de mire. Il est essentiellement question d’elle comme « point de condensation de toutes les pénalités » (p. 31). En effet, la prison apparaît, malgré les évolutions des politiques pénales depuis plus de deux siècles, comme la solution ultime et incontournable à la criminalité. En somme, « plus ça change, plus c’est la même chose » (p. 17).

D’emblée, Alain Brossat assume sa posture abolitionniste et c’est un dialogue captivant qui se noue entre lui et Tony Ferri autour de la prison et de sa « prétendue » naturalité (p. 30). Tous deux expriment en particulier leur scepticisme vis-à-vis du courant ambitionnant à humaniser la prison. Pour ces tenants, le « système prison finira bien par se mettre aux normes de la vie civilisée et cessera de présenter un visage imprésentable qui est le sien, comme un enfant finit bien, à la longue, en grandissant, à force d’être instruit et discipliné, par apprendre à manger convenablement avec fourchette et couteau » (p. 79-80). Or, ce point de vue est largement battu en brèche par la réalité selon les deux discutants pour qui la prison reste avant tout un « cloaque social » (p. 14).

Ontologiquement, la prison met à part le prisonnier, cet Autre qualifié dans l’ouvrage de « même-radicalement-autre ». Autrement dit, la figure de l’altérité criminelle (l’« infracteur-radicalement-criminel ») se prolonge dans celle du prisonnier. « Par-delà les murs » pour emprunter cette formule au titre de l’ouvrage de Gilles Chantraine, sont rassemblés des êtres différents qui méritent des traitements qui le sont autant. La prison est empreinte d’une logique de l’exceptionnalité évoquée par Giorgio Agamben, au sens où elle constitue avant tout un lieu distinct du monde normal au sein duquel les êtres sont bannis, c’est-à-dire mis au ban (p. 26), à la marge, et c’est la raison pour laquelle dans ces lieux d’anormalité, à l’intérieur desquels des régimes d’exception s’appliquent, il ne peut y avoir réellement de progrès en matière de droit de l’Homme.

On pourrait dire que les droits de l’Homme ne se trouvent pas dans les gènes de la prison qui se révèle, en définitive, être davantage une « machine de mort » (p. 17). En écho à la formule de Michel Foucault d’« institution de la mort », rappelée par Tony Ferri, la prison exerce « sa fonction d’élimination, un dispositif thanatopolitique qui se branche sur la « vieille » souveraineté. Celle-ci s’y exerce, sur le mode le plus classique qui soit, en exerçant de manière démonstrative une prise hyperviolente sur des corps et des sujets sélectionnés » (p. 25-26). Ces réflexions prolongent la pensée agambenienne du geste souverain de mettre à part, à travers une prise de pouvoir sur la « vie nue » (zôè). Ainsi, l’incarcération est le geste visible du pouvoir, celui de rendre invisible ceux dont la vie est dénudée.

Au fond, le dialogue d’Alain Brossat et de Tony Ferri est sous-tendu par l’idée que la prison reflète une résurgence de l’approche positiviste de la pénalité : mettre à part en invisibilisant et ce, en lien certainement avec les réflexions de Guillaume Le Blanc ou d’Hubert Faes au sujet de l’invisibilité sociale. Il s’agit en effet de se débarrasser d’êtres jugés nocifs pour une population insécurisée, « convulsivement » (p. 29) attachée à un dispositif au sens foucaldien du terme, la prison, considérée comme utile et même indispensable pour neutraliser ces êtres et, au final, pour atténuer les craintes qu’elle éprouve. Elle se rassure en soustrayant à son regard cet Autre qui lui rend la vie insupportable en l’enfermant. On peut alors faire le lien avec les analyses d’Alain Brossat dans l’un de ses précédents ouvrages, La démocratie immuntaire. Les démocraties se caractérisent par un processus d’immunisation, c’est-à-dire la mise à distance de la violence exercée par les corps. Dans cette perspective, la prison s’inscrirait dans un processus de civilisation des mœurs eliassien à l’œuvre au sein des prisons occidentales. Un tel processus, où l’on « n’abîme pas les corps » (p. 32) contrairement à d’autres régions du monde, qui donne l’illusion de progrès des sociétés contemporaines, est néanmoins réfuté par Alain Brossat : si nous autres occidentaux, voyons l’enfermement sans douleur, au sens où les corps sont préservés de cette violence, d’autres sociétés voient en revanche celle-ci comme une barbarie, au regard d’autres formes de violence qui s’exercent sur les êtres mis à part, enfermés et subissant un ensemble d’injonctions qui déstructurent progressivement leur personnalité.

Certes, il est possible de rétorquer que la prison tend à disparaître au titre de dispositifs post-pénitentiaires plus humanisants, par exemple le bracelet électronique. Pourtant, ces moyens, destinés de surcroît à lutter contre l’engorgement carcéral, sont néanmoins qualifiés par Tony Ferri de « mirage d’une prison post-disciplinaire » (p. 25), car au fond la prison demeure au « centre de l’édifice sécuritaire » (p. 54).

Les peines alternatives élargissent l’emprise de la prison et le bracelet électronique est certainement, pour Tony Ferri, la plus « pernicieuse » (p. 42) des formes nouvelles de la pénalité puisque, sous couvert de réduire la carcéralité, elle l’étend au contraire en l’introduisant, d’après lui, à toutes les formes de vie sociale. Ces peines alternatives apparaissent comme une « prothèse de la prison » (p. 56), ou plutôt, des postes avancés d’une carcéralité qui tend à se propager de manière diffuse, à la fois hors des limites géographiques (le périmètre de la prison) et temporelles (p. 49) en envahissant l’intime (p. 56).

Les mutations de la carcéralité correspondent à la transformation actuelle du contrôle social dans le sillage des sociétés de contrôle de Gilles Deleuze. La pénalité se ramifie dans la vie sociale à travers une « colonisation des subjectivités » (p. 51), en engobant un public toujours plus large au nom des préoccupations sécuritaires. Il s’agit alors, non plus d’enfermer, mais de suivre, grâce aux dispositifs techniques de traçage, des populations en mouvement. Le placement sous surveillance électronique n’est que le maillon d’une chaîne plus vaste du « placement sous surveillance globale » (p. 51) comme l’affaire Snowden l’a mis en évidence. La globalisation de la surveillance analysée par Armand Mattelart à travers des systèmes transnationaux reliés entre eux est alors un moyen de mise sous surveillance de populations suspectes. La pénalité, toujours dans cette logique positiviste, s’inscrit dans un cadre plus vaste de contrôle des flux. Les individus mobiles sont « potentiellement coupables » (p. 47). Au motif que la population recèle en elle des individus dangereux, la banalité sécuritaire décrite par Michaël Foessel, correspondant à une obligation de vigilance constante imposée à cette population, façonne des « subjectivités assujetties » en « assignant à la faute » (p. 48). Autrement dit, dans cette fabrique des coupables décrite par Alain Brossat, les individus sont conduits à s’autocontrôler toujours plus étroitement. Quant au contrat, il apparaît comme « enjeu de la subjectivité, terrain d’expérimentation et forme d’assujettissement » (p. 51). Avec le succès des idées néolibérales, ces individus sont enjoints à se prendre en charge. Certes, le discours des néolibéraux sur la responsabilisation met en avant leur liberté. Pourtant, un tel discours s’inscrit dans ce dessein de fabrique des coupables. Une telle liberté se révèle être « peuplée d’obligations, d’injonctions » (p. 52). La logique contractuelle, octroyant des droits, mais aussi des obligations à l’encontre d’individus censés être librement consentants, est donc un moyen d’assujettir les subjectivités. Dans cette optique, le contrat social hobbesien est un moyen, pour la population, de mise en état de « minorité perpétuelle  (car en faute, en dette) – et, pour ce motif même [doit être] surveillé[e], suivi[e] » (p. 54), d’où la critique d’Alain Brossat vis-à-vis de la réaction de l’opinion publique après les attentats de Charlie Hebdo. Ces évènements sont en réalité le prétexte à une surveillance accrue de la population au nom d’un contrat social impliquant de leur part une obligation de vigilance permanente et l’acceptation d’une surveillance renforcée. Car ces attentats et, de manière générale, la lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical sont le prétexte facile à un « nouveau tour de vis sécuritaire » (p. 18). Au nom de cette lutte, les « peines d’élimination se multiplient » (p. 38), et s’il ne s’agit pas tant de peine de mort, il est question de mise à l’écart et d’enfermement au sein de quartiers de haute sécurité. Une telle lutte requiert, dans les démocraties immunitaires, une mise à l’écart pour préserver le reste du groupe de la contamination, ce qui est de nature à expliquer l’isolement strict des personnes radicalisées.

Néanmoins, l’ouvrage ne s’achève pas sur une note négative, inhérente à la nature sombre du caractère sécuritaire des sociétés contemporaines. Alain Brossat termine ses propos par une suggestion, à savoir la réactualisation du pilori parmi les arts de punir, en lieu et place de la prison. Ce procédé, de nature indolore, qui permet d’exposer le criminel à la population, correspond aux sociétés actuelles immunisées de la violence faite aux corps.

Cet éloge du pilori est certainement l’élément qui fait débat entre Alain Brossat et Tony Ferri dans un dialogue auparavant largement consensuel. La mise au pilori apparaît, pour Alain Brossat, comme un « carnaval populaire » (p. 69), un spectacle joyeux où le négatif de la carcéralité cède la place au positif, au rire, ce « rire perpétuel qui colle aux dents » (p. 70). Ce type de peine « adossée au rire et à la joie » (p. 70) vis-à-vis de laquelle Tony Ferri exprime une certaine prudence et ce, au regard des leçons héritées de l’histoire, apparaît aussi comme une forme alternative de justice. Plus précisément, elle est une forme alternative de justice, non plus au sens d’une Justice-institution (p. 76), c’est-à-dire d’une justice d’en haut à l’égard de laquelle Alain Brossat manifeste toute sa défiance, mais d’une justice d’en bas, expression d’une démocratie réinventée. La population est invitée à réinventer les peines dans ce qui s’apparente à un « concours Lépine » (p. 34) au sein d’une forme de démocratie participative. Cette idée ambitieuse, qui suscite l’intérêt du lecteur, mais aussi peut-être, à l’instar de Tony Ferri, une certaine circonspection, a seulement été esquissée dans cet ouvrage. Elle mérite néanmoins d’être approfondie pour éviter tout jugement trop hâtif, et nul doute qu’Alain Brossat ne manquera pas de préciser sa pensée figurant dans cet ouvrage sur les arts de punir, en présentant son idée au sein de l’un de ses prochains écrits, avec l’habilité et la finesse qu’on lui connaît, démontrant, s’il fallait s’en convaincre, sa maîtrise de l’art de persuader.



Annonce de la tenue d’un Colloque international portant sur « le sens de la peine »
19 septembre, 2015, 23 h 28 min
Classé dans : Non classé

Chers amis, chers collègues,

 

J’ai plaisir à partager avec vous l’annonce de la tenue, les 12 et 13 novembre prochains, à la Faculté de droit de l’Université catholique de Lille, du Colloque international portant sur « le sens de la peine ».

 

Cet événement d’envergure réunira bien des spécialistes de la question des pénalités, notamment des chercheurs et des scientifiques de différents horizons disciplinaires (droit, philosophie, psychologie, sociologie…), des praticiens de la criminologie appliquée (conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation…), des professionnels de santé (psychiatres, psychologues…) et du droit (magistrats, avocats…), des artisans des réflexions pénales issus du milieu associatif (Association française de criminologie, Centre ressource pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles, Institut français pour la justice restaurative, Association française pour l’histoire de la justice…).

 

Si vous souhaitez obtenir plus de détails sur l’événement, vous pouvez consulter, en pièce jointe, ci-après, le pdf relatif au programme scientifique et aux informations pratiques : fichier pdf programme-Du sens de la peine-12et13nov-UCL

 

Vous êtes naturellement conviés à vous joindre à ces belles journées, l’entrée est gratuite.

 

Compte tenu des places disponibles et afin de vous réserver le meilleur accueil, vous êtes invités à vous rapprocher de Monsieur Romain Lavallez, ingénieur d’études, votre contact pour votre inscription/réservation, dont voici l’adresse : romain.lavallez@univ-catholille.fr

 

Espérant vous rencontrer ou vous revoir à cette occasion,

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Avis de parution du livre d’Alain Brossat, Éloge du pilori. Considérations intempestives sur les arts de punir – Entretien avec Tony Ferri (L’Harmattan, 2015)
10 septembre, 2015, 22 h 40 min
Classé dans : Non classé

9782343069852r

Chers amis, chers collègues,

 

Je suis bien heureux de venir vous annoncer aujourd’hui la parution effective du livre d’Alain Brossat, Éloge du pilori. Considérations intempestives sur les arts de punir – Entretien avec Tony Ferri (L’Harmattan, 2015), qui, en cette période de rentrée, fournit une si belle énergie.

 

Extrait

 

« A.B. : « Il faudrait se demander sérieusement, bien sûr, pourquoi le domaine punitif est par excellence celui dans lequel nous nous accrochons à la fausse évidence de la naturalité des objets, au point que les têtes les mieux faites et les esprits les mieux avertis qui ont sous les yeux l’échec irrémédiable de la prison pénitentiaire depuis un siècle et demi s’avèrent tout à fait incapables d’imaginer un monde sans prison(s), et décrient comme des rêveurs inconséquents ceux qui prônent son dépérissement ou son abolition. Pour cette raison, leurs dispositions réformatrices demeurent engluées dans le discours de l’humanisation de la condition des détenus. Le contraste est saisissant entre cette tétanie et ce que nous savons par ailleurs : s’il est un domaine dans lequel l’imagination humaine n’a jamais été prise de cours, c’est bien celui des châtiments et des pénalités ! Une telle inventivité a d’ailleurs de quoi inquiéter : nous mettons manifestement, à toutes les époques et sous toutes les latitudes, bien davantage d’énergie et déployons beaucoup plus d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de sanctionner, faire souffrir un coupable ou l’éliminer que lorsque, disons, il est question de faire une petite place au dernier venu, à l’étranger… », dans A. Brossat, Éloge du pilori. Considérations intempestives sur les arts de punir – Entretien avec Tony Ferri, Paris, L’Harmattan, coll. « Les logiques des pénalités contemporaines », septembre 2015, pp. 28-29.

 

 

Voici le lien vers le site de L’Harmattan qu’il vous est loisible de consulter :

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=48134&razSqlClone=1

 

Force est de reconnaître que ce livre donne authentiquement à réfléchir…

 

En vous souhaitant une très bonne continuation !

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Nouvelle recension de « La compulsion de punir » (L’Harmattan, 2015)
5 septembre, 2015, 13 h 16 min
Classé dans : Non classé

Chers amis, chers collègues,

 

J’ai plaisir à venir partager avec vous la toute récente recension de La compulsion de punir (L’Harmattan, 2015) établie par Micheline Mehanna, psychologue clinicienne, psychanalyste, directrice et fondatrice de la belle Revue européenne de psychologie et de droit.

 

Cette recension témoigne d’une lecture fouillée et instruite du livre, et en dégage savoureusement les grands axes fondamentaux. Inutile de vous dire que c’est pour moi un très grand honneur.

 

Pour sa consultation éventuelle, je vous invite à vous aider de ce lien numérique :

 

http://www.psyetdroit.eu/la-compulsion-de-punir-de-tony-ferri-2/

 

Je profite de ce courriel pour vous souhaiter une excellente rentrée, et mille choses très positives dans ce contexte de reprise.

 

Très bon week-end !

Bien cordialement,

Tony Ferri.

 



Recension de « La compulsion de punir » (L’Harmattan, 2015)
5 septembre, 2015, 13 h 10 min
Classé dans : Non classé

Chers amis, chers collègues,

 

C’est avec plaisir que je viens partager avec vous la recension de La compulsion de punir (L’Harmattan, 2015) qu’a établie le professeur Dragan Brkić et qui a été publiée dans la belle Revue européenne de psychologie et de droit. Pour sa consultation éventuelle, voici les liens numériques afférents :

 


Bien cordialement,

Tony Ferri.



Préface de René Schérer à « La compulsion de punir » de Tony Ferri
25 juillet, 2015, 8 h 42 min
Classé dans : Non classé

9782343065854f

La fin d’une illusion

Il est des livres qui, par la vertu seule de leur nom et l’orientation de leur propos, font que la pensée change d’axe. Elle ne gravite plus autour des mêmes ressassements, de la même logique. Elle en adopte une nouvelle, à la faveur du changement brusque, sinon brutal qu’ils imposent. Dans ma jeunesse, grâce à Jean Lacroix qui professait en Khâgne au Lycée du Parc de Lyon, je crois bien que celui qui a joué ce rôle fut L’homme du ressentiment de Max Scheler. Auquel j’ajouterai, toujours grâce au même philosophe, cet ouvrage de Jean-Marie Guyau si injustement oublié aujourd’hui, et dont le titre suffit à énoncer tout un programmePréface de René Schérer à  : Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction.

De telles formules ont éveillé en nous un écho qui n’en a pas fini de retentir. « Ainsi qu’un tympanon », ils fatiguent, c’est-à-dire chargent, meublent, nourrissent la mémoire. Ils la forcent à opérer une conversion salutaire ; à regarder ailleurs que selon les lieux communs, les certitudes infondées. Le ressentiment : que de fois l’idée que nous nous faisons de la justice n’est que l’expression d’une haine, d’un esprit de vengeance contre l’adversaire qui l’a emporté sur nous. La sanction : au nom de quel principe supérieur nous estimons-nous en droit d’infliger à autrui une peine afflictive, de le priver de liberté, de le retrancher de la société activearrow-10x10 compulsion de punir, vivante ? Où se loge la justice, quel est le point d’application de l’évidence, pour le crime ou la faute, d’une punition ?

La mise en question de la sanction, la prise de conscience du ressentiment caché qui motive nos actes opèrent le brusque sursaut révélateur. Voici venu le temps du réveil, celui de nous secouer, l’instant de l’heure qui sonne. « Quelle heure est-il ? », écrivait Nietzsche au début de la Généalogie de la morale, énoncé inaugural, lui aussi, vibrant comme un appel à dissiper les rêves ; les illusions d’une « bonne conscience » tout aussi fallacieuses que celles du prétendu « bon sens ».

C’est à cette famille de pensée qu’appartient le livre que l’on va lire. A un tel changement d’axe et de perspectives qu’invite Tony Ferri dont on connaît déjà la toute récente critique de la prison, Qu’est-ce que punir ?, où, selon une méthode inspirée de celle de Michel Foucault, il dénonçait, de façon circonstanciée et passionnée, « l’extravagante » inflation des incarcérations requises par le pouvoir judiciaire, ainsi que les sophismes invoqués pour sa justification par une société de plus en plus devenue société de surveillance et de contrôle.

Donnant plus que jamais lieu à  reprendre la formule nietzschéenne concernant les valeurs en coursarrow-10x10 René Schérer : « Que nous est-il donc arrivé ? ». Ne faut-il pas prendre, en ce cas, le problème à l’envers ? Ne faut-il pas inverser les perspectives, permuter les points d’appui ? Un tel  acharnement à punir,  à inventer de toujours nouveaux prétextes pour sévir et incarcérer, ne convient-il pas de chercher ses motivations et sa source en son auteur même ou son suppôt, n’est -il pas urgent de sortir de sa gangue et d’exhiber une compulsion intime animant « le punisseur » ?

On songe à Spinoza, et c’est bien là sa méthode, en effet : il n’y a pas de Bien ni de Mal en eux-mêmes. Une chose est dite bonne parce qu’elle nous réjouit et que nous l’aimons ; mauvaise, parce qu’elle nous afflige ou nous déplaît. Ou, en termesarrow-10x10 sanction plus conformes à ceux de l’auteur de L’Éthique : « La connaissance du bien et du mal n’est rien d’autre que l’affect lui-même, en tant que nous en sommes conscients » (Éthique, IV, proposition 8).

Appliqué à notre problème, cela signifiera qu’il n’y a pas de valeur en soi, de Bien et de Mal, ni encore de Crime ; sinon relativement à des effets individuels ou sociaux. Que « l’affect », joie, tristesse ou « augmentation de la « puissance » corporelle ou psychique, bien-être ou utilité, sont les seuls critères. D’où il suit qu’il faut regarder du côté, non d’un « objet » qualifié de telle ou telle manière, mais du sujet qui lui attribue ces qualités. Lui-même étant animé de telle ou telle pulsion, ou poussé à agir ;  qui, lorsqu’elle est contraignante, agrémentée de justifications morales, devient « compulsion » ou, subjectivement, « obsession ». L’obsession de punir.

Qui niera que la pulsion qui guide une large majorité de nos congénères, l’ensemble de ce qu’on nomme « pouvoirs », n’est pas compulsionnelle, obsessionnelle ? Une obsession de punir s’appuyant sur les arguments moraux de justice, de sécurité commune.

C’est elle que Tony Ferri soumet à l’examen, à laquelle il applique un sens précis de l’analyse, sa passion, voire une verve de bon aloi. Vous voulez punir ? Mais regardez d’abord en vous. Un questionnement qui reprend, d’une certaine manière, le mot de l’Écriture : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Un argumentaire, pourtant, qui va plus loin que lui, qui l’explicite et l’approfondit. Certes, c’est bienarrow-10x10 toujours à cette idée d’un « péché » primordial, d’un « univers morbide de la faute », selon (encore un autre titre-choc) le docteur Ange Hesnard, que tout se réfère. Mais il faut aussi déceler, plus avant, sciemment ou non, l’angoisse de vivre dansarrow-10x10 une société perçue comme hostile, sans finalité perceptible. Déceler la haine d’autrui et le mal de vivre sous les apparences de la justice et de l’équité.

Le regard change alors de direction et la réflexion de matière. Cesse la mesquinerie des calculs policiers et judiciaires, celle de l’opinion commune, dansarrow-10x10 lesquels s’empêtrent les pensées de punition et de vengeance. Prend fin l’illusion de remédier par là de quelque manière aux heurts et dérangements de l’ordre social. Alors qu’il ne s’agit que de palliatifs dérisoires, viciés dansarrow-10x10 leur principe même. Non.

Il y a, certes, trouble, dysfonctionnement du social comme de l’individuel ; mais ce trouble affecte notre civilisation, notre culture. Un Malaise dans la civilisation que Freud a su, à bon escient, dès son temps, épingler et dénoncer. Sans en tirer pourtant toutes les conséquences. Se résignant même à une insoluble tension entre la puissance des désirs vitaux et leur contrainte inévitable.

L’essai suggestif et séduisant de Tony Ferri semble nous proposer autre chose. Il ouvre, précisément parce qu’il dénonce la répression punitive comme obsession, sur l’idée d’une société qui serait moins préoccupée de ramener tout à la règle de ses présupposés, de ses préjugés, de ses stéréotypes sociaux et moraux que de se tenir à l’écoute de l’autre. Voire, en la circonstance, à l’écoute du fameux « délinquant » constitué pour l’essentiel, inventé par les punitions justement qui devaient (ou devraient) le guérir. Même si ses exigences sont formulées, dans l’immédiat, de façon excessive et peu audible. Mais pour que, d’ennemi actuel et potentiel, il se change en invité, hôte et convive.

Et ce, parce que la première des conditions est que nous sachions voir clair en nous, nous délivrer de nos angoisses, de nos peurs.

Ce livre libère ou, tout au moins, met sur la voie d’une autre manière d’aborder nos contraintes ; ce qui n’est pas peu.

René Schérer

Lienarrow-10x10vers L’Harmattan :

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=47384



Avis de parution ! La compulsion de punir (L’Harmattan, 2015)
7 juin, 2015, 1 h 06 min
Classé dans : Non classé

 

Préface du philosophe René Schérer.

Postface du professeur Loïck-M. Villerbu.

 

Interrogeant, à nouveau, le sens des pénalités, Tony Ferri explore, dans ce livre, la question difficile et décisive de savoir d’où vient le besoin insatiable de punir. Comment, en effet, comprendre l’attitude du corps social, du législateur, des gens prétendument bien insérés lorsqu’ils lancent des appels appuyés, parfois nerveusement, les yeux exorbités et les lèvres écumantes, à réprimer toujours davantage ceux qu’ils vomissent sous le nom de délinquants ? Comment expliquer l’intarissable inflation punitive ? La hausse des condamnations procède-t-elle d’une tendance des individus à commettre plus facilement des infractions aujourd’hui qu’hier ou, au contraire, d’un désir océanique d’intolérance, voire d’une compulsion incompressible de punir ? Au fond, quels sont les ressorts cachés des condamnations ?

Bien loin qu’une supposée « nature humaine » commande le comportement infractionnel, l’auteur met ici le doigt sur les effets délétères de la création perpétuelle de nouveaux délits, sur le caractère hystérique et pathologique de la montée de l’intolérance, sur les conséquences inquiétantes de la gestion d’un contentieux devenu explosif, sur le malheur social tenant au maintien, à un haut niveau, du régime de l’enfermement.

Au rythme où vont les condamnations, après la création, en réalité assez récente au regard de l’histoire des pénalités, de délits relatifs, par exemple, à la conduite sans permis, à l’établissement de chèques sans provision ou au non-paiement de la pension alimentaire, il y a tout lieu de se demander si les gens apparemment bien sous tous rapports, qui appellent de leurs vœux la multiplication et le durcissement des peines, ne seront pas ceux qui, demain, seront placés sous écrou ou sous surveillance électronique…

 

 

Tony Ferri est philosophe, essayiste, chercheur au laboratoire Gerphau, conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, spécialiste du champ pénitentiaire et du registre de l’application des peines, auteur de plusieurs ouvrages, dont récemment, en co-écriture, Punition et risque. Les geôles du quotidien (Studyrama, 2015).

 

René Schérer est philosophe, écrivain, professeur émérite de philosophie à l’Université de Paris 8, auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement le Petit alphabet impertinent (Hermann, 2014), et En quête de réel. Réflexions sur le droit de punir, le fouriérisme et quelques autres thèmes – Entretien avec Tony Ferri (L’Harmattan, 2014).

 

Loïck-M Villerbu est professeur émérite des Universités de Rennes 2 et de Paris 7, expert psychologue près la Cour d’appel de Rennes, fondateur du Master de psycho-criminologie et victimologie et de l’Institut de Criminologie et Sciences Humaines, du GIS-CRIMSO. Site villerbu-criminologie.fr

 

 

Lien numérique vers la Revue européenne de psychologie et de droit :

http://www.psyetdroit.eu/wp-content/uploads/2015/06/TF-La-compulsion-de-punir.pdf

 

Lien numérique vers l’aplat du livre :

http://www.editions-harmattan.fr/catalogue/couv/aplat/9782343065854.pdf

 


1...121314151617

MELODINE |
François, pour toi, c'... |
Celal Karaman Güncel Blog,c... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Euristote
| Blackdiamond1999
| EmGlob