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Le communiqué de presse de « Pouvoir et politique pénale »
22 octobre, 2016, 0 h 04 min
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Le communiqué de presse de Pouvoir et politique pénale. De la prison à la surveillance électronique , Paris, Libre et Solidaire, 2016 :

fichier pdf pouvoir et politique pénale communiqué de presse

 

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Avis de parution « Pouvoir et politique pénale »
9 octobre, 2016, 15 h 38 min
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Chers amis, chers collègues,

Pour partage, j’ai plaisir à vous annoncer la parution effective de mon dernier livre Pouvoir et politique pénale. De la prison à la surveillance électronique (Libre et Solidaire, 2016).

A l’heure de l’appel bégayant et irresponsable en faveur de la construction de nouvelles « usines de la captivité » – expression significative que j’emprunte volontiers à Jean-Marie Delarue -, il semble important d’oser arrêter la réflexion sur cette « maladie de notre temps » (cf., Nietzsche), sur ce qui se joue donc là à travers le fait de céder au réflexe facile de l’enfermement et au désir pathologique de la clôture avec l’érection automatique et tous azimuts de prisons, de centres fermés ou semi-fermés, de « camps » de dé-radicalisation, de ghettos, de jungles…, car il n’en va pas seulement de l’utilisation de nos impôts, mais de questions de société…

Pour obtenir plus de détails sur le livre, vous pouvez éventuellement consulter les deux pièces jointes (avis de parutionfichier pdf A paraître ! Pouvoir et politique pénale (T. Ferri) et extraitsfichier pdf Extraits de « Pouvoir et politique pénale. De la prison à la surveillance électronique » (T. Ferri)) et ce lien vers l’éditeur :

http://libre-solidaire.fr/epages/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc/Products/31

 Avec mes remerciements chaleureux pour nos échanges.

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Extraits du livre (à paraître) « De la domination » de T. Ferri et Th. Lodé
21 septembre, 2016, 1 h 06 min
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Extraits du livre De la domination (Essai sur les falsifications du pouvoir)  de T. Ferri et Th. Lodé

(A paraître, en février 2017, aux éditions Libre et Solidaire)

 

« A la suite de la doctrine de Darwin, le néo-darwinisme offre un cadre d’épanouissement et de soutien aux thèses favorables à la logique de la compétition et de la domination. Ici, un être est considéré comme naturellement dominant, par cela seul que, biologiquement, il posséderait l’ensemble des caractères qui l’avantageraient sensiblement et durablement sur ses concurrents. La dominance donnerait une plus grande valeur sélective. Par où l’on voit que c’est dans le creuset d’un principe d’hostilité naturelle qui affecterait l’ensemble du vivant que se constitue le néo-darwinisme. Il va sans dire que cette théorie, pour tenter de s’imposer, ne répugne pas à passer sous silence bien des phénomènes qui montrent que les animaux ne passent pas leur temps à jouer le rôle du concurrent dangereux et mortifère ou, pire encore, à se faire la guerre. En réalité, la brutalité animale n’est pas si déterminante, et ne l’emporte pas nécessairement sur bien d’autres mécanismes qui entrent également en jeu dans les relations complexes que les animaux nouent les uns avec les autres ».

 

[…]

 

« On martèle que la concurrence, au sein des groupes sociaux, s’établit sur une lutte pour l’accaparement d’au moins deux types de ressources, à savoir tantôt la nourriture, tantôt l’accès aux femelles pour la reproduction. Si, s’agissant de la prédation, la lutte pour la proie est patente dans le monde naturel – encore qu’il existe, chez bien des animaux, des comportements de coopération et de partage des ressources disponibles -, il n’en reste pas moins que la dominance apparaît sous un jour moins effectif et moins clair, en ce qui concerne la sexualité, lors même qu’il n’est pas rare que la prérogative sexuelle puisse déboucher, pour le mâle dominant, sur la préséance de la prise de nourriture ».

 

[…]

 

« D’une manière générale, l’organisation sociale des animaux s’avère bien plus complexe qu’un soi-disant système hiérarchique linéaire, et comporte de multiples variations de relations entre individus1. Si les jeunes individus s’écartent des adultes ou cèdent une certaine préséance aux plus âgés2, ils ne répondent jamais à un ordre. Au sein des groupes sociaux prétendument organisés sur le principe de la hiérarchie, il s’avère que l’animal présentant apparemment la meilleure fitness peut être, tour à tour, dominant et dominé. Chez le cheval ou chez de nombreux singes par exemple, il ressort des observations qu’il n’existe pas de hiérarchie linéaire, mais un système très flexible de relations circulaires3 4, ce qui signifie que l’animal alpha peut dominer l’animal bêta, que l’animal bêta peut dominer l’animal gamma, qui peut, quant à lui, exercer sa dominance sur l’animal alpha sans construction de rangs de hiérarchie bien définie, y compris chez les poules5. Par où l’on voit que, dans ce système de hiérarchie circulaire, il est pour le moins ardu de déterminer qui domine véritablement le groupe, au point que chaque membre peut apparaître tantôt sous la figure du dominant, tantôt sous celle du dominé. D’où, dans cette configuration de hiérarchie circulaire qui concerne de nombreux groupes sociaux, la nécessité de poser, à nouveau, la question centrale : où sont les gènes ? Si ceux-ci ont une influence, comment expliquer de telles disparités comportementales ? Comment comprendre finalement cet éclatement de la hiérarchie ? C’est que, loin de refléter une dominance naturelle, l’organisation sociale des groupes d’animaux offre une variété surprenante de possibilités. On s’est rendu compte que les mangoustes sont libertaires6, que les lionnes sont égalitaires7, que certaines abeilles peuvent être qualifiées d’anarchistes8, et qu’au fond la notion même de pouvoir, appliquée au monde du vivant, souffre d’approximation et ne correspond à aucune réalité bien établie, excepté peut-être pour quelques sociétés animales fondées sur un principe apparemment despotique ».

 

[…]

 

« Si les rapports de domination peuvent résulter de conflits individuels, le système de hiérarchie en fait une structure sociale. Mais il y a loin de la simple mesure d’une relation de dominance entre individus à l’établissement avéré d’une hiérarchie sociale. A la question de savoir d’où vient le fait que les femelles soient généralement si dominées partout et toujours, le néo-darwinisme se plaît à répondre que c’est parce qu’elles représentent une ressource pour les mâles, au même titre que la nourriture. En réalité, la considération que la femelle représente une ressource est réductrice, parce que, d’une part, elle fait fi du fait qu’elles choisissent, dans de nombreux cas, les « chefs » ou que ce sont elles qui font des mâles des reproducteurs, et donc des dominants, et parce que, d’autre part, dans certains groupes, comme chez les hyènes, ce sont elles qui dominent les mâles. Le système de hiérarchie cadre alors assez mal avec la supposition d’une faiblesse intrinsèque des femelles dans le monde animal ».

 

[…]

 

« Jamais un animal sauvage n’a eu besoin d’un maître. Dans les groupes sociaux, ainsi des gorilles ou des loups, le dominant est presque toujours le père, ce qui implique a minima une relation de confiance et une dominance qui ne se destine pas uniquement, comme dans la domination chez les humains, à l’asservissement et à l’instrumentalisation de l’autre. Lorsque les régimes politiques arborent leur chef de file sous les dehors d’un « père » – comme Staline, présenté comme ce « petit père des peuples » -, ou conçoivent la vie politique comme l’organisation de rapports familiaux – ainsi du célèbre adage vichyste « travail, famille, patrie » -, il faut se dire qu’on est placé de plain-pied devant des artifices et des manipulations destinés à faire croire dangereusement que la politique a le droit de s’attribuer le monopole de la protection (comparablement à un père qui protège ses enfants) et du bonheur des gens. En pareil cas, il faut s’attendre à l’envahissement de la sphère privée par la sphère publique, et à l’immixtion croissante et incessante de l’État et des administrations dans les affaires qui ne les regardent pas. L’image paternaliste vise à rassurer, à faire baisser la garde, à créer de la familiarité ou de l’habitude dans le champ politique, au profit des décideurs et, en quelque manière, à « légitimer » la domination. Il est bien connu que les « meilleures » techniques de gouvernement et de domination consistent à conduire les affaires de l’État de telle sorte que les sujets de cet État pensent vouloir tout ce que celui-ci les oblige de faire. Sur ce point, s’agissant du gouvernement, J.-J. Rousseau indique : ‘’ C’est sur les volontés encore plus que sur les actions qu’il étend son respectable empire… Il est certain, du moins, que le plus grand talent des chefs est de déguiser leur pouvoir pour le rendre moins odieux [c'est nous qui soulignons], et de conduire l’État si paisiblement qu’il semble n’avoir pas besoin de conducteurs9’’ ».

 

[…]

 

« Ce qui compte prioritairement dans les groupes, ce n’est pas l’apparentement, la communauté de gènes analogues, mais un projet d’association ou de vie partagée indépendamment du génotype. Au point que la nature offre le spectacle de mécanismes d’adoption10 et de migration. Chez les gorilles, afin de lever la difficulté liée à la consanguinité, les jeunes femelles se destinent à quitter leur groupe d’origine pour en rejoindre un autre où elles seront accueillies, et où elles pourront engendrer une progéniture nouvelle et fonder de nouvelles familles. Chez toutes les espèces, le fondement biologique même des relations sexuelles reste l’évitement de la consanguinité. Ceci témoigne de l’importance de l’accueil d’êtres étrangers au sein du groupe, du caractère fondamental de la notion d’hospitalité dans les relations d’échange entre les groupes d’animaux et de l’exigence du mélange des gènes. Cet horizon de la rencontre et de l’exogamie dans la nature est d’autant plus significatif que la perspective de nouer des rapports sexuels entre les individus est souvent semée d’embûches, puisque ces rapports impliquent une rupture d’avec le milieu d’origine, un risque lié au fait de gagner une terre inconnue, la nécessité de développer de nouvelles relations avec des groupes différents ne serait-ce que sur le plan olfactif, le souci d’apprendre préalablement à connaître l’autre en vue de favoriser la copulation. Dans la majorité des cas, ce sont plutôt les mâles qui quittent leur groupe d’appartenance originelle et qui migrent à la recherche de familles adoptives. Ce spectacle d’une nature ouverte à l’hétérogénéité souligne avec force combien les animaux sont sensibles au fait de se reconnaître dans la différence comme appartenant à la même espèce ».

 

[…]

 

« De ce que, parmi les généticiens, certains se démarquent par le fait de se montrer plus prudents face à l’idéologie eugéniste et à ses diverses déclinaisons, et par le fait qu’ils n’affirment généralement pas, quand bien même ils auraient isolé le caractère le plus important impliqué dans le développement de tel ou tel cancer, que ce caractère fonctionne à 100 % dans la prolifération de ce cancer et que d’autres paramètres ne sauraient entrer en ligne de compte, il s’ensuit que ces mêmes généticiens sont encore plus prudents lorsqu’il s’agit de faire des évaluations ou des prescriptions relativement à un supposé gène de l’homosexualité, de la cruauté ou de la croyance en Dieu, par exemple. Il n’y a aucune raison biologique pour que ce qui est estimé comme un caractère soit issu de l’expression d’un ensemble cohérent.En réalité, il y a lieu de souligner qu’il n’existe pas de gène d’un comportement particulier, mais tout au plus des séquences dans l’ADN qui, une fois regroupées, expriment partiellement des éléments matériels dans un réseau d’expression génétique ».

[…]

 

« Dans le cas des éléphants, le troupeau, qui se réunit autour d’éléphanteaux et de jeunes adultes, est généralement emmené par les femelles11. Là encore, ce n’est pas forcément la même femelle ou « matriarche », à savoir la femelle la plus âgée et la plus expérimentée, qui conserve le rôle de guide de la harde. Tout semble concourir à montrer, au contraire, qu’on a affaire, au sein du groupe, à un partage des tâches, même si certaines femelles apparaissent mieux indiquées que d’autres pour assurer les tâches les plus sérieuses, comme celle relative à la satisfaction du besoin de se nourrir. Il se peut que plusieurs meneuses émergent et que le troupeau décide de suivre l’une d’entre elles plutôt qu’une autre. De toute manière, c’est seulement par un partage régulier des connaissances que les éléphants peuvent voir émerger une nouvelle meneuse à la mort de l’ancienne matriarche ».

 

[…]

 

« Il faut cependant remarquer que, s’il existe une rivalité sexuelle entre les mâles, elle n’empêche nullement que la femelle puisse avoir le dernier mot, voire prenne l’ascendant sur le mâle lors de la reproduction, comme c’est le cas chez de nombreuses espèces, depuis la mante religieuse, en passant par le criquet ou la musaraigne, et jusqu’au vison. L’activité de copulation oblige à une approche corporelle au cours de laquelle chacun des partenaires doit s’entendre et utiliser tous les canaux sensoriels pour favoriser à la fois l’excitation et la conciliation. Non seulement la femelle est souvent parfaitement capable de refuser les avances de mâles trop pressants ou d’exiger fermement l’apaisement de leur enivrement sexuel, mais on peut aussi observer une inversion de l’emprise sexuelle. Le mâle désirant se trouve, en effet, en situation de demande, et doit recourir à toutes les manières possibles pour séduire et calmer la femelle, allant jusqu’à supporter son courroux passager. Si les coups et les morsures ne sont pas rares au cours de ce rapprochement des sexes, il s’agit le plus souvent de brutalités feintes ou infimes qui favorisent la synchronisation des conduites sexuelles des animaux ».

 […]

 

« Or, la détermination du sexe ne nécessite pas forcément, chez les animaux, la sexualité reproductrice, puisque, par exemple chez les crocodiles et les tortues, cette détermination est subordonnée à la température. Chez nombre d’espèces, le devenir des embryons en mâles ou en femelles est étroitement dépendant, en tout cas est directement placé sous l’influence de la température, de la pression, des parasites, des hormones, de l’environnement, et assez peu des gènes. Les protistes, comme les paramécies, sont tout aussi capables de se reproduire sans la sexualité, par division interne, et développent donc au contraire des relations sexuelles sans reproduction. De même, de nombreux autres animaux, depuis les coraux et les vers marins jusqu’aux étoiles de mer, peuvent engendrer des descendants par de simples partitions binaires de leur corps, sans parler des nombreuses espèces parthénogénétiques, comme chez les lézards fouette-queue où les femelles donnent naissance à des petits sans aucune fécondation, mais après un rituel homosexuel très agencé12. De sorte que la reproduction et la sexualité sont hétérogènes l’une à l’autre. De là vient que, compte tenu de ces éléments, il y a lieu de se demander pourquoi l’évolution a fini par associer ces deux aspects, sexe et reproduction qui, encore une fois, ne sont pas strictement nécessaires l’un à l’autre. De même que la reproduction peut fort bien se dérouler sans pratiquer la moindre sexualité, la sexualité peut bien se passer de la reproduction par le truchement de l’homosexualité, de la masturbation ou de la fellation, qui sont des activités suffisamment courantes dans le monde animal pour que chacun ait pu les observer, ne serait-ce que chez les chiens. Les orangs-outangs  pratiquent la fellation, les éléphants la masturbation et les lions l’homosexualité ».

 

 

[…]

 

« Il a été démontré, chez de très nombreuses espèces, comme le lézard des souches13 ou le bruant des prés14, par exemple, que les individus ne cherchent nullement un partenaire paré de bonnes vertus génétiques, mais qu’ils privilégient au contraire la copulation avec des amants, dont la base génétique est totalement différente d’eux-mêmes. La mise en lumière de cette tendance à la recherche de la différence dans la nature permet d’éclairer bien des comportements qui n’ont pas de sens d’un point de vue darwinien ».

 

[…]

 

« Mais il s’en faut de beaucoup que les sociétés animales mettent en œuvre une tyrannie du pouvoir. Même chez les espèces dites à organisation despotique, telles que les chimpanzés, les rats ou les marmottes, le mâle dominant ne le reste que pendant la période assez brève où il prend la place d’un autre, encore que ce despotisme apparent ne consiste qu’à s’assurer d’un accès privilégié aux femelles lors de la saison de reproduction, en écartant les autres mâles. Si ses colères peuvent entraîner une certaine passivité du groupe, il n’en demeure pas moins qu’il ne commande rien, ne décide rien et ne prescrit aucune obligation. En outre, comme il est le mâle reproducteur, il s’ensuit qu’il est le père de cette petite famille, de sorte que l’organisation sociale des animaux despotiques ressemble bien davantage à une famille provisoirement unie autour du père qu’à une cour féodale ».

[…]

 

« Plutôt que les conflits, les résolutions de conflits sont susceptibles de se présenter sous la forme de combats ritualisés, ou sous celle d’une sexualité abondante comme chez les bonobos. Ces résolutions peuvent revêtir les caractères de l’apaisement et de la réconciliation, à travers des attitudes de caresse, de contact, d’épouillage, ce qu’on nomme le grooming. Ces stratégies de rapprochement permettent de réguler les comportements agressifs, car les animaux tirent avantage du développement de méthodes de participation collective pour vivre et se reproduire, attendu que, dans un milieu caractérisé par la promiscuité, le risque de voir apparaître des conflits est plus grand. Ces stratégies de réconciliation, qui ont été étudiées notamment chez les singes et les chevreuils, mettent en lumière l’importance de la vie commune, et relèguent au second plan les mécanismes de punition qui, pour réels qu’ils soient dans la nature, n’en restent pas moins très marginaux, ne serait-ce qu’en raison de l’insuffisance de l’activité mémorielle des animaux et de l’inexistence, chez ces derniers, d’une quelconque forme d’amour-propre ou de vanité susceptible de se transformer en ressentiment ».

 

[…]

 

« Néanmoins, il est vrai que nous n’avons pas toujours affaire, parmi les sociologues et les anthropologues, à des théoriciens adeptes de l’ancrage de la violence dans l’histoire des sociétés – cette histoire étant notamment indexée tantôt sur l’ampleur de l’activité culturelle, tantôt sur le degré de développement et d’usage des techniques15, puisque, à l’opposé de P. Bourdieu, se rencontre, par exemple, R. Girard, pour qui, selon sa théorie du mimétisme, le propre du désir consiste dans son inscription dans une logique de l’imitation du désir des autres, en sorte que le désir serait, selon lui, essentiellement conflictuel et violent16. Autrement dit, loin d’être à la source de la coopération et de la réconciliation entre les êtres, le désir serait, pour cet auteur, à l’origine de bien des désaccords, et au fondement même des luttes et des conflits en tous genres. Selon ce schéma troublant, la particularité du désir résiderait donc dans sa capacité à entraîner des procédures de répulsion et d’hostilité, en lieu et place des formes d’attirance et d’hospitalité. Au reste, le discrédit porté par R. Girard sur la nature du désir, en tant qu’il impliquerait haine plutôt qu’amour ici-bas, ne vient-il pas de ce qu’il décentre les perspectives de rapprochement, de communion et de réconciliation entre les individus du plan de l’immanence vers celui d’une transcendance ? N’est-il pas un apologiste du christianisme17 ? D’une certaine manière paradoxale, les réflexions chrétiennes de R. Girard s’inscrivent dans une résurgence du darwinisme, puisqu’il ravive et exagère le rôle de la concurrence à l’intérieur des relations interindividuelles, et ce à travers la notion de rivalités, et caractérise au fond le désir comme le reflet d’une pathologie naturelle, mais, ce faisant, il oublie que le désir ne s’exprime pas sous cette forme au sein du monde vivant et ne dégénère dans le monde humain qu’à la faveur d’une perversion d’ordre civilisationnel ou sociétal ».

1 K.A. Jameson, «  Finding an appropriate order for a hierarchy based on probabilistic dominance », Anim. Behav., 57(5) : 991-998, 1999.

2 K. Lukianchuk et S. Doucet, « A young manakin knows his place », Ethology, 120 : 693-701, 2014.

3 J.B. Silk, « Social relationships of male bonnet macaques : male bonding in a matrilinear society », Behaviour, 130 : 271-292, 1994.

4 K.A. Houpt et al., « Dominance hierarchy in domestic horses », Appl. Anim. Ethol., 4 : 273-283, 1978.

5 I. D. Chase, « Behavioral sequences during dominance hierarchy formation in chickens », Science, 216, (4544) : 439-440 ; 1982.

6 De Luca D.W., Ginsberg J.R.  « Dominance, reproduction and survival in banded mongooses : towards an egalitarian social system? » Animal Behaviour, 61, 17-30, 2001.

7Packer et al, « Egalitarism in female African lions »,Science, 293 (5530) : 690-693 ,2001.

8 Martin S. J., N. Châline, B. P. Oldroyd, G. R. Jones, F. L. W. Ratnieks, « Egg marking pheromones of anarchistic worker honeybees (Apis mellifera) », Behav. Ecol., 15 : 839-844 , 2004.

9 J.-J. Rousseau, Économie politique, Œuvres complètes, Pléiade, t. III, p. 250.

10 Par exemple, sur l’adoption d’un singe marmouset par un groupe de singes capucins dans la nature, voir P. Izar et al., « Cross-genus adoption of a marmoset (Callitrix jacchus) by wild capucin monkeys (Cebus libidinosus) : case report », Am. J. Primatol., 68(7) : 692-700,  2006.

11 K. MacComb et al., « Leadership in elephants : the adaptive value of age », Proc. Royal SocB Sciences : 278 (1722) : 3270–76. 2011.

12 D. Crews et K.T. Fitzgerald, Proc Nat Acad Sc, 77(1) : 499-502, 1980.

13 M. Olsson et al. « Major histocompatibility complex and mate choice in sand lizards », Biol Letters, 270 : 254-256, 2003.

14 C.R. Freeman-Gallant et al., « Social pairing and female mating fidelity predicted by restriction fragment length polymorphism similarity at the major histocompatibility complex in a songbird », Mol. Ecol., 12 : 3077-3083, 2003.

 15 Sur ce point, J. Ellul, Le Système technicien (1977), Paris, Le cherche midi, 2012.

16 Cf., R. Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque (1961), Paris, Fayard/Pluriel, 2011, où il est question d’une analyse du désir sous son aspect mimétique ou triangulaire : entre le sujet désirant et l’objet désiré interfère la figure du tiers, de sorte que le principe du désir consiste, selon l’auteur, en ce que l’individu désire nécessairement ce que désire autrui, d’où résultent des situations de conflit et de violence.

17 Sur la défense girardienne de la religion chrétienne comme modalité de dépassement des rivalités et des figures antagonistes représentées par la figure du bourreau et celle de la victime, voir R. Girard, Le Bouc émissaire (1982), Paris, Le Livre de Poche, 1986, et R. Girard et G. Vattimo, Christianisme et modernité (2009), Paris, Flammarion, 2014.



Chronique de Jacques Munier « La condition carcérale » sur France Culture
4 septembre, 2016, 16 h 00 min
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Chers amis,

 

Pour information, j’ai plaisir à partager avec vous le lien vers la belle chronique de Jacques Munier, intitulée « La condition carcérale » et présentée, en compagnie d’Emilie Chaudet, dans l’émission matinale Le Journal des idées, sur France Culture, en date du 01 septembre dernier (cette chronique dure 3 minutes environ).

 

Voici le lien :

 

http://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees/la-condition-carcerale

 

Cette chronique interroge et souligne bien des enjeux importants s’agissant notamment du devenir de notre société, de sa dimension de plus en plus carcérale, et de la surenchère sécuritaire qui se constate dans les discours et les pratiques. En outre, elle comporte un beau clin d’œil à Bourdieu, à la revue Passe-Murailles

 

Avec mes sentiments les meilleurs.

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Interview donnée à Libération (01/09/2016)
2 septembre, 2016, 22 h 39 min
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Chers amis, chers collègues,

 

Par ce courriel, je suis très heureux de partager avec vous l’annonce de la parution, en ce jour de rentrée, d’un entretien que l’occasion m’a été offerte de donner à la journaliste Noémie Rousseau de Libération, et qui porte, dans le sillage de la publication de mon dernier livre Emprisonner et surveiller. Vers la normalisation du placement sous surveillance électronique ? (Bréal, 2016), sur l’hypersurveillance et le bracelet électronique. L’interview a pour titre : « Nous sommes tous des placés sous surveillance électronique en puissance ». Voici le lien :

 

http://www.liberation.fr/debats/2016/08/31/nous-sommes-tous-des-places-sous-surveillance-electronique-en-puissance_1475775

 

Avec mes sentiments les meilleurs et les plus vifs.

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Émission « Du grain à moudre » sur France culture du 16 août 2016
18 août, 2016, 0 h 05 min
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Chers amis,

 

Pour partage, j’ai plaisir à vous communiquer ici le lien direct vers l’émission « Du grain à moudre » du 16 août 2016 (France culture), animée par Émilie Chaudet, et portant sur la question de la possibilité ou pas de mettre en œuvre une réforme pénitentiaire en France :

 

http://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre-dete/reforme-penitentiaire-limpossible-chantier-politique

 

 L’émission, diffusée en direct, dure 45 minutes. Consécutivement à la sortie de mon dernier livre Emprisonner et surveiller. Vers la normalisation du placement sous surveillance électronique ? (Bréal, 2016), j’ai eu l’honneur de participer au débat sur le plateau avec trois autres invités.

 

Très bonne continuation !

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Interview dans « Le Courrier » genevois sur le monstrueux et son actualité
8 août, 2016, 23 h 23 min
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Chers amis, chers collègues,

 

Par ce courriel, en écho avec la parution de mon dernier livre Emprisonner et surveiller. Vers la normalisation du placement sous surveillance électronique ? (Bréal, 2016), j’ai plaisir à partager avec vous le lien numérique de l’interview (parue le 05/08/2016) que j’ai eu l’occasion d’accorder à Cécile Dalla Torre, journaliste au quotidien genevois Le Courrier (numéro 149) et qui porte sur la figure du monstre et du monstrueux, en lien avec notre actualité :

 

http://www.lecourrier.ch/141314/humains_trop_humains

 

Vous pouvez retrouver le texte de l’interview à la Une de la rubrique « culture » du quotidien.

 

En vous remerciant pour nos échanges.

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Vient de paraître ! : « Emprisonner et surveiller. Vers la normalisation du placement sous surveillance électronique ? »
19 juin, 2016, 13 h 59 min
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Vient de paraître ! : Tony Ferri, Emprisonner et surveiller. Vers la normalisation du placement sous surveillance électronique ?, Paris, Bréal, 2016.

« Emprisonner et surveiller » (T. Ferri)

Chers amis, chers collègues,

Faisant suite à l’annonce de la programmation de sa publication, j’ai plaisir, par ce courriel, à venir partager avec vous l’avis de parution effective, au format livre de poche, de mon livre Emprisonner et surveiller. Vers la normalisation du placement sous surveillance électronique ?, Paris, Bréal, 2016 (Groupe Studyrama).

Je suis d’autant plus heureux de vous informer de la sortie du livre qu’il est serti d’une préface on ne peut plus stimulante et convaincante de la philosophe Chris Younès, dont l’œuvre, riche et puissante, ne cesse d’être pour moi, comme vous le savez, une source d’inspiration et d’enseignement.

Si vous souhaitez éventuellement obtenir plus de détails sur le livre, il vous est possible de consulter le site de l’éditeur à l’adresse suivante :

http://librairie.studyrama.com/produit/3759/9782749535456/Emprisonner%20et%20surveiller%20%20vers%20la%20normalisation%20du%20placement%20sous%20surveillance%20electronique%20

D’ici à avoir de vos nouvelles ou à vous revoir, je vous souhaite d’ores et déjà de passer un très bel été.

Bien cordialement,

Tony Ferri.



A paraître ! : T. Ferri, « Pouvoir et politique pénale. De la prison à la surveillance électronique »
13 juin, 2016, 23 h 09 min
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A paraître ! : T. Ferri, Pouvoir et politique pénale. De la prison à la surveillance électronique, Paris, éditions Libre et Solidaire, octobre 2016.

 

 Chers amis, chers collègues,

 

C’est avec plaisir que je viens aujourd’hui partager avec vous l’annonce de la sortie programmée, en octobre prochain, de mon tout dernier livre, ayant pour titre : Pouvoir et politique pénale. De la prison à la surveillance électronique, Paris, éditions Libre et Solidaire, 2016.

 

Si vous souhaitez éventuellement obtenir plus de détails sur le livre, vous trouverez, ci-dessous, deux fichiers pdf mis expressément à votre disposition :

 

 

Avec mes remerciements les plus vifs pour nos échanges et pour l’intérêt que vous portez à ces questions d’ordre sociétal.

 

Bien cordialement,

Tony Ferri.



Recension d’ « Éloge du pilori. Considérations intempestives sur les arts de punir » d’Alain Brossat – Entretien avec Tony Ferri – L’Harmattan 2015
31 mai, 2016, 21 h 17 min
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Chers amis, chers collègues,

 

A l’occasion de la parution du numéro 60 de la revue Passe-Murailles et de la célébration des 40 ans d’existence du GENEPI, j’ai plaisir à partager avec vous ici la recension, qui y a été établie par Craboline Peyret, dans la rubrique « culture » (pp. 136-137), du livre d’Alain Brossat, Éloge du pilori. Considérations intempestives sur les arts de punir. Entretien avec Tony Ferri :

 

« Dans cet ouvrage, où plane constamment l’ombre de Michel Foucault, Alain Brossat propose une réflexion critique et dense sur la pénalité. Pourquoi sommes-nous tant attachés à nos systèmes de pénalités et continue-t-on a être incapable de penser le monde sans prison alors que nous avons sous les yeux son échec depuis plus d’un siècle et demi ? Voilà la question qui guide l’ensemble de l’ouvrage. La prison nous apparaît tellement comme allant de soi et naturalisée, qu’on a fini par croire que sans elle nous ne serions pas protégés du crime et du chaos mais aussi que la seule chose que nous devons/pouvons faire dans le domaine est d’y apporter des améliorations. Or, il nous montre qu’elle est empreinte d’une logique de l’exceptionnalité et que c’est le cœur même du dispositif qui est violence pure. Elle ne sera donc jamais qu’une simple restriction d’aller et venir puisqu’il y aura toujours un « excédent absolu de la peine ». 

Sa fonction de cloaque social n’est pas accidentelle, elle s’inscrit bien dans un processus social sélectif. Sous le mythe démocratique contemporain de ses principes et ses valeurs, la vraie fonction du pouvoir de punir n’est pas la dissuasion, la cohésion sociale, la souveraineté, ou, dans le cas de la prison, la garde ou le reclassement social, il s’agit bien de faire un partage excluant, une mise à l’écart hiérarchisante et stigmatisante. Brossat nous rappelle ce qui devrait pourtant aller de soi, à savoir qu’il y a de fait une antinomie radicale entre enfermer et humaniser mais aussi entre enfermer et (ré)insérer. Aussi ce n’est pas parce que la peine de prison n’est pas spectaculairement afflictive et violente qu’elle n’est pas barbare. En quoi est-il légitime de juger l’enfermement et la destruction de la personnalité (sans compter les suicides, les familles détruites, l’humiliation…) comme compatibles avec des valeurs et des normes de vie que l’on dit civilisées ?

La seconde chose que Brossat nous montre, c’est que derrière cette apparente ouverture et humanisation de la prison, celle-ci s’est en fait « carcéralisée » en s’axant vers une sécurisation de plus en plus poussée de l’institution (et non pas des détenu-e-s) en utilisant par exemple la radicalisation comme prétexte pour signifier qu’il y a finalement encore trop de liens, de contacts, d’effets de groupe, de possibilité de rapprochement par affinités dans l’espace pénitentiaire. Les peines alternatives ne servent quant à elles qu’à punir des gens qui ne l’auraient pas été avant. Non seulement elle ne remettent en rien en cause la centralité de la prison mais pire, en l’exportant dehors, elles participent à la « carcérisation » de la société et à son installation dans les subjectivités. Assujettis à tout un tas d’injonctions et d’obligations, sous des motifs de réinsertion ou de responsabilisation, nous mettons certaines personnes en état de minorité perpétuelle en s’assurant qu’elles soient suivies, encadrées, surveillées et constamment exhortées à jouer le jeu. Nous vivons bien dans un état policier, avec sa surveillance généralisée, quotidienne, de plus en plus subtile et méticuleuse des conduites, des déplacements, des emplois du temps… mais aussi des pensées et des convictions. Avant il suffisait de se tenir tranquille, maintenant il faut aussi penser droit, nous explique Brossat.

Lorsqu’il parle de faire « entrer le punir dans le domaine de l’art » et évoque le « retour » du pilori, son idée est de faire sortir la réflexion en dehors de la question du droit et du pouvoir de punir, en se concentrant sur la manière de le faire. En effet, dans l’histoire générale de la pénalité, la vengeance et le plaisir de punir ne sont pas des invariants anthropologiques mais des productions culturelles. Il est donc possible de bousculer le régime des affects associés à la peine pour les délier de la vindicte. Par là, il n’entend bien sûr pas qu’il faut décréter que la peine doit désormais être sous le signe de sentiments positifs mais propose plutôt un moyen de déplacement radical dans la façon de penser le problème. Relevant l’antagonisme entre la Justice-institution, appareil de l’État qui défend l’ordre, et l’idéal de justice plus populaire, exigeante de droits et de réparations de tords subis, il rêve de peines qui seraient affranchies de la logique du Talion et qui permettraient de sortir de la justice de classe actuelle en étant à la fois visible et communautaire. Il fait donc la différence entre l’exposition (le pilori) et la surenchère médiatique ou le lynchage, et n’en garde que le caractère moral et politique.

Pour résumer, ce livre nous permet de voir que les problèmes de la prison n’ont rien de conjoncturels mais aussi, heureusement, que celle-ci est loin d’être un horizon indépassable. Ainsi, être partisan de la disparition de la prison, ce n’est pas être dans une utopie inconsistante mais juste être conscient qu’il existe une infinie diversité des manières de punir qui s’inscrivent dans des dispositions politiques, sociales, culturelles particulières et qu’un changement des conditions d’exercice du pouvoir peut amener à un bouleversement radical dans le régime des peines (tout comme la fin du « temps des supplices » a eu pour condition le renversement de la monarchie absolue). Aussi nous invite-t-il à ne plus voir la justice et la démocratie comme des cultes à célébrer avec éventuellement quelques aménagements à faire à la marge, ce qui ne fait qu’au final renforcer la société de contrôle dans laquelle nous vivons, mais à tout repenser en se soustrayant à cette nouvelle forme de chantage perpétuel au « possible » que certains appellent réalisme, qui n’est qu’une capitulation devant les conditions du présent, et ainsi à arrêter de « choisir de ne rien faire face » à cet échec qu’est la prison et face à ce danger qu’est la diffusion du dispositif carcéral dans les espaces sociaux ».

 

 

Si vous le souhaitez, vous pouvez aussi retrouver cette recension sur le site de L’Harmattan, dont voici le lien direct :

 

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=complement&no=10295

 

 

A toutes fins utiles, j’attire votre attention sur le fait que le numéro sera très prochainement mis en ligne sur le site de la revue, à cette adresse :

 

http://isp263.wix.com/laboutiquedugenepi#!acheter-des-anciens-numros/cysz

 

Bien cordialement,

Tony Ferri.


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